Le College Soccer, une Seconde Chance ?

Le soccer universitaire, que les américains appellent College Soccer, devient de plus en plus populaire au fil des années. En pleine expansion, il est devenu le championnat de la seconde chance pour tous les jeunes qui veulent atteindre le monde professionnel. La MLS Superdraft et l’émergence de nouvelles ligues professionnelles aux Etats-Unis ont apporté de nouvelles opportunités afin de passer pro. Le College Soccer devient l’option privilégiée afin de se montrer sur la scène nationale pour les joueurs qui n’ont pas signé de contrat professionnel à leur sortie du lycée.
Mais ce championnat est-il accessible à tous ces joueurs en quête d’une seconde chance ? Y a-t-il réellement une voie vers le monde professionnel après le College Soccer?
Les interrogations sont multiples sur la NCAA, dont la Division 1 est une véritable fournisseuse de talents et futurs professionnels

L’organisation du championnat universitaire se divise en 4 ligues :

  • La National Collegiate Athletic Association (NCAA) avec sa DI, DII, DIII en soccer.
  • La National Association of Intercollegiate Association (NAIA) composée uniquement de College (université) de très petite taille avec une seule et unique division en soccer qui est l’équivalent ou l’égale de la NCAA DII.
  • La National Junior College Athletic Association (NJCAA) composée uniquement de Community College (université de 2 ans) avec sa DI et DIII en soccer.
  • La California Community College Athletic Association (CCCAA) composée uniquement de Community College de Californie avec une seule et unique division.

Les étudiants-athlètes qui ne peuvent sauter directement le pas en NCAA DI, DII et NAIA vont en NJCAA ou CCCAA pendant 2 ans pour effectuer ensuite un transfert dans une école NCAA ou NAIA.

Le College Soccer : une accessibilité à contrainte

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas donné à tout le monde de pouvoir jouer au niveau universitaire. Comme tout futur étudiant-athlète, le joueur concerné doit passer des tests d’entrée à l’université à l’exception de quelque pays anglophones dans le cadre d’un statut de transfert. Il doit répondre à des questions d’éligibilité établies par la ligue universitaire et bien entendu démontrer un certain niveau pour postuler à une place en division I. Le manque d’accessibilité à ce championnat reste d’ordre financier. Le coût d’une année universitaire aux Etats-Unis se situe entre 15 000 et 70 000 dollars selon l’université. Ces sommes élevées prennent en compte le logement, la nourriture et d’autres frais annexes.

Cela ne serait pas un problème si un nombre important d’athletic scholarships (bourses sportives) complètes étaient distribuées, mais ce n’est pas le cas.

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Comme on peut le voir, comparé à d’autres sports le soccer a bien moins de bourses d’études allouées (via scholarshipstats.com)

En division I, une limite de 9,9 bourses complètes par an sont attribuées chez les hommes pour des effectifs de 25 à 35 joueurs. Cependant, un coach a le pouvoir, s’il le souhaite, de partager ses scholarships pour en offrir à plusieurs joueurs. De plus, l’attribution d’une bourse dépend du budget octroyé à l’entraîneur. A contrario, les sports à revenu tel que le College Football (Football américain), College Basketball et le College Ice hockey donnent tous des bourses complètes à la quasi-totalité de leur effectif. Au final, le soccer en offre trop peu en comparaison des autres sports, surtout par rapport à la taille des effectifs. La division III de la NCAA et NJCAA ne fournissent quant à eux tout simplement pas de bourses sportives.

En résumé, les étudiants-athlètes ont plusieurs choix, qu’ils soient américains ou étrangers:

  • Venir avec une bourse d’études complète.
  • Accepter une bourse partielle qui dans certains cas entraînera un endettement en fonction du montant perçue.
  • Venir sans aucun soutien financier. Le joueur devra s’endetter ou avoir les moyens pour payer ses études.
  • Emprunter une autre voie pour atteindre le monde professionnel
  • Accepter de venir avec une scholarship partielle ou non mais prendre le risque d’abandonner en cours de route le College Soccer ainsi que ces études car l’étudiant-athlète ne supporte plus les frais d’université.
  • Abandonner le soccer pour travailler à côté afin de payer ses études.
  • Abandonner le soccer et se concentrer sur un autre sport qui offre plus de chances d’accrocher une athletic scholarship.

Il est toutefois possible de compléter avec d’autres types de bourses afin de réduire le potentiel endettement. De plus, avec l’augmentation du nombre d’internationaux ces dernières années, les places pour avoir une athletic scholarship sont de plus en plus chères.

Un autre problème subsiste. D’après la NCAA, le nombre de joueurs de soccer masculins à l’école secondaire (High School aux États-Unis) est beaucoup plus élevé que chez les femmes. Pourtant, en division I, seulement 206 universités ont un programme de soccer masculin alors que l’on compte 335 pour les femmes. En comparaison, au College Basketball, les 352 universités de DI ont tous un programme de basketball féminin et masculin. Il y a donc un manque au niveau des programmes de soccer masculin qui s’explique par la règle du title IX mais aussi pour des raisons “financières”.

Le title IX est un amendement qui interdit toute discrimination entre les sexes. Elle a permis l’éclosion de compétitions sportive féminines que la NCAA a essayé d’entraver dans les années 1970 et 1980 au profit des hommes. Dans le cadre du sport universitaire, l’université doit veiller entre un “équilibre” du nombre d’étudiants-athlètes hommes-femmes ainsi qu’une égalité dans la pratique du sport, les opportunités, le nombre de bourses perçues. Par exemple, une université qui veut ouvrir un programme de football américain en D1 FCS va recruter environ 104 joueurs pour une limite de 63 bourses sportives complètes par an. L’université devra donc compenser l’augmentation d’athlète masculin en ouvrant de nouveaux programmes sportifs féminins en recrutant 104 joueuses et distribuer le même nombre de bourse sportive. Les universités doivent veiller à ce que les hommes ne soient pas plus favorisés que les femmes.

Plusieurs tableaux d’estimations sur les chances d’accéder au College Soccer après le lycée ont été fait (joueurs locaux seulement). Le tableau concocté par le site Scholarship Stats.com, celui de la NCAA et celui du College Sports Scholarships valent le coup d’oeil.

Il ne faut pas se voiler la face. Peu de joueurs accéderont au College Soccer et c’est assez normal. Par contre, il n’y a pas assez de programmes de soccer par rapport à la demande actuelle. Certains États n’ont aucune équipe de soccer masculin dans leurs universités en division I. Les moyens mis à disposition afin de recruter ces jeunes joueurs sont nettement inférieurs que dans d’autres sports comme le College Football et le College Basketball. Tout cela devrait évoluer très bientôt grâce à une réforme qui est à l’étude actuellement. Elle a pour but d’étendre la saison universitaire de un à deux semestres (l’année scolaire entière) et permettre au College Soccer de devenir un sport à revenu. Les entraîneurs auront plus de bourses, plus de moyens financiers pour recruter et pourront mieux développer les joueurs avec un seul match par semaine.

Pour finir, afin de maximiser ses chances de devenir professionnel, un joueur se doit d’évoluer dans la DI mais tous n’ont malheureusement pas cette opportunité. Un passage en DII pendant un ou deux ans avant un transfert potentiel en DI est alors envisagé. Malheureusement, les règles de transfert ne sont plus les mêmes depuis octobre 2018. Si un étudiant-athlète n’a plus besoin de demander la permission de son entraîneur en DI afin d’être transféré, ce n’est malheureusement pas le cas en DII. Aucun transfert n’est permis sans l’approbation de l’entraîneur. En maintenant cette règle en place, des joueurs qui ont le potentiel de briller en DI peuvent ne pas avoir l’opportunité de découvrir l’élite du soccer universitaire. Sans cette approbation, le joueur ne peut être inscrit sur le registre des transferts de la NCAA et ne pourra jouer pour aucune autre université.

Après le College Soccer, direction le monde professionnel et la MLS ?

La Superdraft a permis de populariser le College Soccer aux Etats-Unis mais également à travers le monde. En particulier pour les internationaux qui ont donc une seconde chance afin de devenir professionnels et de vivre leur rêve. L’émergence de l’USL Championship et l’arrivée de nouvelles ligues professionnelles rendent le College Soccer encore plus prisé. Suite à cet intérêt croissant pour le championnat universitaire, la NCAA dévoile depuis 2017 un top 10 provisoire des têtes de série du tournoi national de DI .

« Alors que l’intérêt pour le football universitaire continue de croître, notre comité est heureux d’annoncer la parution de notre classement de notre top 10 pour la première fois », dit Bill Wnek, président du comité et directeur athlétique adjoint des sports à Loyola Maryland.

Cette croissance du soccer US est la raison pour laquelle nous voyons une augmentation du nombre d’internationaux ces dernières années. Mais qu’ils soient américains ou internationaux, ces joueurs ont-ils tous la même chance d’aboutir à une carrière professionnelle à la fin de leurs études ? En théorie, oui. En réalité, ce n’est pas le cas.

  1. La Superdraft; le MLS Combine élitiste et inégalitaire

Le sport universitaire US fonctionne par système de conférences où le champion  de chaque conférence participe au tournoi national. Le College Soccer n’est pas exclu de ce système. Le niveau et l’attrait des conférences ne sont pas comparables. La Pac-12, la Big Ten, la Big East, et l’ACC composent un Big 4 (top 4) qui attire la plus grosse attention médiatique et regroupe une grande partie des meilleurs talents. Ces conférences ont des moyens financiers et des structures bien meilleures. Tous les joueurs qui n’évoluent pas dans ce Big 4 partent avec un net désavantage dans l’obtention d’un contrat professionnel. C’est la raison principale pour laquelle le MLS Combine et la Superdraft font polémiques puisque la MLS  se base presque exclusivement sur les équipes de ce Big 4. Par exemple, Saint Mary’s College en Californie, seule équipe invaincue pendant la saison régulière, n’a eu aucun joueur invité au MLS Combine 2019! Pire encore, certains joueurs sélectionnés sont loin de faire l’unanimité. Un snobisme qui commence à ressembler à une tradition en MLS.

Le MLS Combine suscite de plus en plus de questions concernant son utilité réelle. Le Combine est un ‘tryout’ (épreuve de sélection) sur invitation. Il s’organise autour de séries de matchs, entre des joueurs qui n’ont jamais joué ensemble, des tests physiques ainsi que des entretiens pour certains d’entre eux. Son but consiste à donner une chance à ces joueurs qui n’ont pas ou peu eu la chance de se montrer aux recruteurs et devrait permettre à ces derniers de trouver des talents cachés. Alors pourquoi inviter ces joueurs qui sont exposés sur la scène nationale chaque année, au détriment de tous ceux qui ne le sont pas ?

44 joueurs sur 81 draftés lors de la MLS Superdraft 2018 proviennent du Big 4 dont 20 de la conférence ACC. De plus, en prenant les conférences historiquement relevées et celles qui émergent, cela devient encore plus restreint. 12 conférences sur 24 fournissent régulièrement et exclusivement : le big 4 (mentionné plus haut), America East, American Athletic, Atlantic-10, C-USA, MAC, WAC et WCC. En 2018, 65 joueurs sur 81 ont été draftés dans ce top 11. Il y a donc une réelle disparité qui fait qu’en fonction de la conférence et votre équipe, les joueurs n’ont pas du tout les mêmes opportunités.

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Certaines conférences sont privilégiées pour la SuperDraft (via wikipedia)

  1. Des programmes privilégiés pour la Superdraft

Il n’est pas forcément nécessaire d’être juste dans le big 4 pour avoir une chance d’être sélectionné. Des joueurs de ces programmes renommés sont choisis de manière automatique chaque année mais ce n’est pas pour autant que leurs réussite est assurée. La chaîne sportive américaine ESPN a publié en 2018 un top 10 des universités qui ont envoyé le plus de joueurs à la Superdraft ces 10 dernières années.

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  1. Des stats et des distinctions individuelles incohérentes au détriment de la qualité

Être un joueur de qualité en College Soccer ne suffit pas pour atteindre le monde pro. Il est nécessaire d’avoir de belles statistiques et des récompenses individuelles afin de taper dans l’oeil des recruteurs. C’est un sujet dont les joueurs se plaignent car pour une très grande majorité, ils ne sont jugés que sur ces critères. Selon la conférence dans laquelle ils évoluent, la valeur de ces statistiques n’est pas considérée de la même manière. De plus, les distinctions individuelles ne sont pas toujours attribuées à ceux qui les méritent vraiment et certains joueurs ne sont pas du tout proposés par leur entraîneur comme finalistes pour ces trophées. De surcroît, certaines statistiques sont faussées par rapport à la réalité. Prenons par exemple, les statistiques des gardiens de but; certains arrêts ne sont tout simplement pas comptabilisés alors que d’autres qui n’ont jamais été effectué le sont!

  1. Les joueurs internationaux oubliés

Les joueurs internationaux n’ont pas plus de facilités que les américains pour devenir professionnels. Ces joueurs étrangers ont les mêmes inconvénients et doivent se démarquer afin de convaincre les équipes professionnelles à leur laisser une de leurs précieuses places internationales (places limitées dans toutes les ligues professionnelles américaines). Une anomalie non négligeable pour le College Soccer! Les universités américaines de soccer sont considérées comme une deuxième académie, un moyen de continuer à développer les jeunes joueurs. Tous ceux qui passent par le soccer universitaire bénéficient de la formation américaine et, par principe, ces joueurs devraient pouvoir montrer la qualité de cette formation sans contraintes.

Pour remédier à ces inconvénients, les joueurs internationaux doivent tenter de trouver une porte d’entrée dans une université du Big 4 ou d’un programme majeur, ce qui n’est pas donné à tout le monde.

Le College Soccer est une vraie seconde chance

Malgré ses défauts, le College Soccer est sans aucun doute une seconde chance afin de réaliser une carrière professionnelle. Bien qu’il y ait des déceptions, très peu d’entre eux regrettent d’avoir fait ce choix. C’est un diplôme reconnu qui leur donne des opportunités afin de continuer à croire à leur rêve. Certains finissent aussi par avoir une carrière sportive fructueuse en dehors des Etats-Unis, grâce à l’élan donner par leur programme universitaire.

En résumé, la probabilité d’atteindre le monde professionnel aux États-Unis dépend de l’université et la conférence où le joueur évoluera. Il est donc important que tout futur étudiant-athlète planifie bien son choix d’université et son plan de carrière universitaire face aux contraintes du système actuel tant et aussi longtemps que la nouvelle réforme n’est pas appliquée. Cette réforme qui consiste à allonger la saison de College Soccer permettra de mieux répartir les chances pour tous ces jeunes joueurs qui rêvent d’atteindre le monde pro.

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