Providence City FC : Un survivant dans la malséance du niveau amateur

Le niveau amateur est rarement viable aux États-Unis, mais quelques-uns réussissent à y survivre sur le moyen ou long terme avec des stratégies marketing qui frôlent la perfection. Providence City FC en fait partie. Plongeons-nous dans ce club amateur, unique en son genre avec Jason Rego, fondateur du club. Bienvenue chez les Rogues.

Fondation du club

Tout débute en 2010 alors que deux amis, Jason Rego et Tristan Lewis, jouent dans une ligue amateure de Rhode Island. Ils s’y plaisent, mais après quelques saisons, dû à un manque financier, la ligue cesse ses activités. Rego et Lewis se retrouvent donc sans ligue pour pratiquer leur sport favori. Étant dans le plus petit état américain, il n’est pas facile de se retrouver un autre club ou une autre ligue. Ils décident alors de fonder en 2015 le Providence City FC et vont jouer dans l’État voisin.

Le club intègre la Bay State Soccer League (BSSL), une ligue amateure du Massachussetts (état voisin du Rhode Island) qui prône le système de promotion/relégation. La ligue a un total de quatre divisions. À propos de cette ligue, questionné par Culture Soccer, Jason Rego déclare : « Nous devions trouver une nouvelle ligue pour jouer. Tristan (Lewis) est tombé sur la Bay State Soccer League. Nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait des années-lumière d’avance sur toutes les ligues amateures dans lesquelles nous avions joué auparavant, que ce soit en termes d’organisation ou bien de talent sur le terrain. »

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Photo via ProvidenceCityFC.com

Les Rogues représentent des valeurs importantes telles que la famille et la diversité. Effectivement, même si la capitale de Rhode Island, Providence, ne compte que 180 000 habitants, il y a une grande diversité culturelle (seulement 38% de caucasien). La diversité de la région influence le style de jeu de l’équipe, qui est un style de jeu basé sur l’attaque et le jeu au sol. De plus, comme dit plus haut, Providence City FC est un club familial. Tout le monde au club met la main à la pâte. Les joueurs ont tous leur rôle à jouer à l’extérieur du terrain. Que ce soit être trésorier, responsable de l’équipement, responsable des réseaux sociaux ou tout simplement aider la communauté, tout le monde s’implique. Pour Jason Rego, c’est une partie intégrale du club : « Il est crucial que nous fassions tout ce que nous pouvons pour avoir un impact sur la communauté, en particulier chez les jeunes. Plusieurs de nos joueurs sont entraîneurs pour les clubs de jeunes de la région. Ils façonnent les esprits de l’avenir qui feront changer les choses pour un soccer digne des États-Unis. Ils sont aussi l’avenir du Providence City FC. Nous sommes ici pour y rester à long terme. »

Les familles des joueurs aident également le club. Jason Rego nous dévoilait d’ailleurs sa vision du sport et de son club : « Notre diversité dans l’équipe est une véritable représentation de la région de Providence. La région regorge de cultures footballistiques; portugaise, colombienne, capverdienne, mexicaine et plus encore. On fait de notre mieux pour se détendre après les rencontres et boire une bière ensemble. C’est toujours génial de jouer une compétition, gagner, puis de se rassembler pour rattraper le temps perdu. La vie peut être agitée et c’est formidable d’avoir un moment de détente à la fin de chaque match. Le soccer s’accompagne souvent d’un sentiment d’appartenance à une communauté, ce qui crée de beaux souvenirs. Le soccer est un sport familial qui doit être pratiqué avec tout le monde. Nous encourageons donc tous les membres du club à inviter sa femme, sa petite amie, ses enfants et ses amis aux matchs! »

Champion
Photo via ProvidenceCityFC.com

Lors de la dernière saison, les Rogues ont conclu la campagne 2018 en tant que champion de division deux de la BSSL. Ils intégreront la première division lors de la saison 2019. En 2018, le PCFC a pu affronter des équipes semi-pro de la NPSL (quatrième division) comme le Kingston Stockade FC ou bien le Hartford City FC. Le club s’est également agrandi lors de la dernière année avec une équipe réserve et une section féminine dénommé les Rhode Island Rogues.

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Photo via ProvidenceCityFC.com

Difficulté des divisions amateurs aux États-Unis

Contrairement aux autres fédérations de la FIFA, aux États-Unis, il n’y a aucun moyen sportif d’accéder à la première division qui est la MLS. Effectivement, une équipe amateure ne peut pas franchir les échelons à travers les années. Il est impossible d’accéder par l’entremise du sportif aux ligues semi-pro, voir professionnelle. La majorité des ligues sont fermées et il faut débourser un montant considérable pour y accéder. Par exemple, le FC Cincinnati, l’expansion MLS pour la saison 2019, a dû débourser 150 millions seulement pour avoir le droit d’évoluer dans la meilleure ligue (Article à lire ici). Ce concept est assez étrange dans le monde du sport, excepté aux États-Unis où les sports majeurs tels que le hockey sur glace, le football américain, le basketball ou bien le baseball sont pratiqués dans des ligues fermées. Souvent, les clubs de soccer amateurs américains n’ont pas les moyens financiers pour se payer les droits d’expansions dans les diverses ligues professionnelles ou semi-professionnelles. Alors qu’un club français par exemple, peut réutiliser l’argent récolté lors d’une montée en l’investissant dans son club, les clubs amateurs américains, n’ont pas cette chance. Jason Rego nous le disait en entretien : « Malheureusement, il n’y a pas de cohérence dans le niveau amateur. Il y a peu de communication entre les ligues d’un État à l’autre. Un excellent exemple est qu’à Rhode Island, le soccer amateur est presque inexistant. Un autre problème, c’est que les ligues amateures ne sont pas associées aux ligues des niveaux supérieurs. Avec l’optique de pouvoir passer à un échelon semi-professionnel ou professionnel, cela inciterait à investir dans les clubs et dans les communautés. »

Les clubs amateurs doivent donc s’entraider pour réussir. La mentalité du « zero sum », c’est à dire si je gagne, tu perds, est une pensée qu’un club amateur ne doit pas avoir. Hors du terrain, tous les clubs amateurs peuvent et doivent s’aider en partageant leurs connaissances autant sportives, administratives ou marketing pour que chaque club puisse se développer. Cela favoriserait la croissance du sport aux États-Unis. Dans un reportage de Non-League America sur le Providence City FC, Non-League est allé à la rencontre de Dennis Crowley, fondateur du Kingston Stockade FC, un club de NPSL. Selon lui, les clubs des échelons supérieurs doivent aider ceux qui évoluent au niveau amateur : « Nous jouons en NPSL, mais nous jouons également contre des équipes partout dans l’État de New York ou dans la Nouvelle-Angleterre. Nous avons toujours à l’œil les clubs qui sont intéressants et qui font du très bon boulot dans leur communauté. Dans le milieu semi-pro et amateur, il n’y a pas beaucoup de clubs qui réussissent à être connu. C’est génial lorsque cela arrive et nous voulons partager leurs histoires passionnantes. Providence City est l’un de ses clubs et nous nous sommes liés d’amitié via Twitter. C’est grâce à cela que nous avons pu faire un match amical. » Il rajoutait quelques minutes plus tard : « C’est simple. Les clubs amateurs devraient suivre cette philosophie : Ce n’est pas seulement les choses que tu crées qui sont importantes, le plus important est la communauté qui te supporte. Celle qui se rassemble chaque fin de semaine pour te voir jouer. C’est elle qui partage ce que ton club fait. Certains clubs sont tellement focalisés à créer du contenu, qu’ils oublient leur base de supporteurs qui pourrait leurs donner des commentaires positifs ou négatifs. Ce sont eux, finalement, qui donne le mince apport financier qu’un club amateur peut recevoir. Bref, l’important est de se focaliser sur le pouvoir de rassembler une communauté ensemble, car c’est ça la base du foot. »

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Dennis Crowley, fondateur du Kingston Stockade                  Photo via New York Times

Comment PCFC réussit à y parvenir

Providence City FC réussit à avoir une bonne base de supporters sur les réseaux sociaux. Il attire l’attention de la communauté du soccer américain sur Twitter grâce à son sens du design avant-gardiste et à sa stratégie ambitieuse en matière de médias sociaux. En effet, le club est très présent sur le réseau social américain Twitter où il partage ses créations et ses résultats sportifs. Afin de pouvoir exploiter leur pensée créative au maximum, les Rogues ont signé un contrat de sponsoring avec Hummel en 2018. La marque danoise, qui fait également affaire avec le Forward Madison (Article à lire sur le club ici) leur laisse une carte blanche niveau créativité. Cela arrive rarement qu’un équipementier laisse un contrôle créatif complet à un petit club, surtout si l’on considère son statut amateur. Dans une entrevue au site Urban Pitch, Jason Rego s’est dit reconnaissant de ce que Hummel fait pour eux : « Nous n’étions pas sûrs à 100 % qu’ils nous soutiendraient dans cette approche créative, surtout parce que notre volume est bien inférieur à celui d’une équipe professionnelle ou d’un club de jeunes. Le risque a fini par payer, et tout ce que Hummel a dit qu’il pouvait faire dans le secteur créatif était vrai. Ils ont mené à bien le projet et l’ont concrétisé. Ils nous ont donné le plein contrôle créatif et nous ont laissé faire ce que nous voulions. »

Jason Rego nous a expliquer sa stratégie marketing : « On attire les gens grâce à nos designs de maillots accrocheurs qui sont affichés sur nos médias sociaux. Ils suscitent beaucoup d’intérêt. De là, les gens font des recherches sur nos médias sociaux et sur notre site Web. Ils semblent être enthousiasmés par le contenu qui y est affiché. C’est à partir de là qu’ils commencent à nous suivre et à réaliser que nous gagnons également des matchs sur le terrain. Quand ils voient que nous prenons le soccer aussi au sérieux que nos délires hors du terrain, ils sont accros. De là, nous essayons d’encourager une communauté que nous devons remercier. Les supporters et les entreprises de la région sont essentiels à la viabilité à long terme du club. » Comme dit plus haut, sur la twittosphère Providence City FC est très présent grâce à son design et ses tweets hilarants comme celui-ci.

 

Toutefois, ça ne s’arrête pas là, puisque le club a un marketing qui frôle la perfection. L’animateur Rob Stone qui anime plusieurs émissions à Fox Sport (chaîne très populaire de sport aux États-Unis) porte fièrement le maillot du PCFC et le partage sur Twitter.

Il y a également Julian Gressel, champion MLS avec Atlanta lors de la saison 2018, qui a partagé un maillot des Rogues sur Twitter. Gressel a évolué à l’Université de Providence lors de sa carrière universitaire. Il suit donc le club depuis ses tout débuts.

 

 

En plus d’être créatif et réussir à le partager sur les réseaux sociaux, PCFC profite de ses créations afin d’aider sa communauté. Le club soutient Project Goal, un programme local d’activités parascolaires visant à aider les jeunes défavorisés à réussir à l’école. Ils leur permettent d’intégrer des équipes sportives malgré les contraintes financières, les barrières linguistiques et le manque de moyens de transport. Pour le club, il est important d’aider les jeunes de la région et il a, depuis la création du club, effectué plusieurs levées de fonds pour l’organisme de bienfaisance.

Et pour la suite?

Pour l’un des joueurs du club, Danny Montero, le futur passe par les jeunes. Il déclarait à Non-League America : « Dans le futur, j’aimerais voir le club créé une troisième équipe masculine et pourquoi pas avoir des équipes de jeunes. » Jason Rego voit encore plus gros, il dit à Culture Soccer vouloir évoluer dans un échelon supérieur lorsque le club sera rendu à maturité : « Providence et le Rhode Island a une communauté de soccer parfaite pour avoir un club semi-pro voir pro. Le club a été approché par trois ligues ; la UPSL, la USL League One, et la NPSL. Pour le moment, la BSSL (Bay State Soccer League) est la solution la plus appropriée. Ce sera notre première saison en Division une, ce qui nous permettra de relever de nombreux défis au cours de la longue saison de 18 matchs qui s’étend d’avril à novembre. Nous nous concentrons sur la tâche à accomplir immédiatement. Au fur et à mesure de notre croissance, nous réexaminerons les autres options. De nombreux facteurs entrent en ligne de compte dans le choix d’une ligue. En tant que club, nous sommes ici pour bâtir sur le long terme, ce qui signifie que nous devons nous concentrer sur la longévité. Avec la communauté comme objectif principal, elle permettra d’assurer la durabilité. »

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