CanPL : L’Heure du Bilan

Lancée en grande pompe le 27 avril 2019, la nouvelle ligue canadienne de première division, la CanPL vient de compléter sa première saison. Beaucoup de premières pour cette année inaugurale, avec des surprises, des déceptions et beaucoup d’espoirs pour les années à venir. Difficile de savoir quelles étaient les attentes des dirigeants de la ligue mais celles des fans ont été largement dépassées! Après la fête, c’est l’heure du bilan!

Un calendrier atypique

Pour cette première saison, la CanPL a voulu s’offrir un format différent des autres ligues sportives nord-américaines : un classement unique, sans conférences régionales, avec une saison séparée en deux phases( Printemps et Automne) et une finale entre les champions de ces deux phases. Bien que le format actuel ait permis aux clubs d’avoir un nombre de confrontations presque équivalent avec les six autres adversaires, le nombre impair d’équipes a donné lieu à un grand nombre de confrontations en milieu de semaine. Ce calendrier parfois surchargé, jumelé à de longs voyages, a eu le don de fatiguer les joueurs et de les soumettre à de nombreuses blessures. D’ailleurs, les Wanderers, basés à Halifax, ont terminé au dernier rang de la saison d’Automne et leur isolement géographique (le plus proche adversaire, le York 9 FC, est situé à 1276 km) pourrait ne pas y être étranger. Les contraintes climatiques ont également été au rendez-vous avec plusieurs épisodes de neige à Calgary au début et à la fin de la saison. Par ailleurs, alors que le calendrier en deux phases se voulait l’occasion de maintenir le suspense en remettant les compteurs à zéro, la réalité du terrain a fait en sorte que la fin de saison a perdu de son intérêt pour les équipes ne pouvant aspirer à la finale.

La Domination Cavalry-Forge

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Photo via Daniel Cameron

En effet, deux équipes se sont partagées la lutte pour le titre, le Cavalry FC, représentant de Calgary, et le Forge FC, basé à Hamilton. Ces deux clubs ont offert un beau spectacle à leurs fans tout au long de la saison et ont régalé les observateurs. Une rivalité a même vu le jour en raison de l’animosité entre ces deux géants. Malgré que le classement soit reparti à zéro après la fin de la saison de Printemps, le 1er juillet 2019, le suspense a duré quelques semaines avant que Forge et Cavalry distancent leurs poursuivants. Cependant, le Cavalry FC a continué à viser la victoire lors de la saison d’Automne, malgré une place assurée en finale après son titre de champion de Printemps. En contrepartie, les cinq autres clubs ont eu davantage de difficultés à enchaîner les bonnes performances, en raison des blessures, des erreurs de recrutement ou du manque d’expérience de leurs joueurs. Le AlClasico, le derby albertain, a été dominé sans partage par le Cavalry FC contre son frère ennemi, le FC Edmonton. Le York 9 FC a dû attendre le dernier 905 derby pour battre son voisin d’Hamilton. Les longs voyages ont également rendu difficiles les victoires à l’extérieur puisque les Wanderers ont dû attendre le dernier match de la saison pour prendre les trois points au York Lions Stadium. Bien que le Cavalry a été champion des deux phases, Printemps et Automne, le Forge FC a été couronné champion grâce à sa victoire en finale. Un tel scénario, bien que possible en début de saison, a pu irriter les fans de Cavalry qui ont pu sentir une forme d’injustice sportive.

Un Point de Comparaison

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Photo via Canada Soccer

Il est évident que le meilleur moyen d’évaluer le niveau de la ligue est de juger les performances des clubs contre des adversaires externes. Heureusement, il y a eu la Voyageurs Cup (ou Championnat canadien) et la Concacaf League pour offrir cette opportunité. En Voyageurs Cup, les clubs de CanPL ont réussi à éliminer les deux clubs semi-professionnels en compétition, l’AS Blainville et Vaughan Azurri. Ces victoires, qui peuvent maintenant paraître anecdotiques, ont démontré que la CanPL était bien plus qu’une ligue semi-professionnelle à l’échelle nationale. Par la suite, le Cavalry FC a réalisé l’exploit en éliminant le Whitecaps de Vancouver, club de MLS avant se faire éliminer par un autre club du circuit Garber, l’Impact de Montréal. Le club montréalais, qui fut sacré champion par la suite, avait d’ailleurs dû s’employer pour éliminer le York 9 FC au tour précédent. Les HFX Wanderers, quant à eux, ont pu se mesurer au seul club canadien en USL, le Fury d’Ottawa et ont chèrement vendu leur peau malgré l’élimination. Le Forge FC a également été le premier club canadien à participer à la Concacaf League et le premier club de CanPL à participer à une compétition continentale. Après avoir éliminé le club guatémaltèque Antigua GFC en ronde préliminaire, le club basé à Hamilton a vu son rêve s’éteindre au match retour contre un club hondurien habitué aux compétitions continentales, le CD Olimpia. Malgré ces éliminations, ces différentes confrontations ont permis aux joueurs de se forger de l’expérience et à la ligue de montrer son niveau, en espérant que les résultats s’améliorent d’année en année.

Un Vent de Jeunesse et une Forte Présence Canadienne

Le principal élément positif après cette saison inaugurale est le rôle joué par les jeunes joueurs, en particulier canadiens. Il est important de rappeler que les clubs avaient l’obligation d’offrir au moins 1000 minutes de jeu durant toute la saison à des joueurs âgés de 21 ans ou moins. Loin d’être une corvée, la barre des 1000 minutes a été dépassée par la totalité des équipes avant la fin du mois d’août. Le club s’étant le plus distingué à cet effet était le Pacific FC, avec un total de 13 532 minutes, malgré que ses résultats n’aient pas suivi et aient entraîné le congédiement de son entraîneur danois Michael Silberbauer. Sur les cinq meilleurs buteurs de la ligue, trois sont des Canadiens âgés de 21 ans (Tristan Borges, Easton Ongaro, Terran Campbell). Les meilleurs passeurs sont également des joueurs canadiens (Borges,  Ben Fisk, Michael Petrasso, Kwame Awuah, Kyle Bekker), à l’exception de Blake Smith. Au niveau des gardiens, il y a également eu des révélations intéressantes avec Marco Carducci et Nathan Ingham, alors que le vétéran Jan Michael Williams (35 ans)en a déçu plusieurs. D’ailleurs, plusieurs joueurs issus du repêchage universitaire U-Sport se sont démarqués en gagnant des places de titulaires comme Peter Schaale (qui a dû retourné aux études pendant à la reprise des cours), André Bona ou Connor James. Évidemment, si les jeunes joueurs ont pu se démarquer, c’est aussi parce que les joueurs plus âgés n’ont pas répondu aux attentes, laissant leur place à la relève tout en offrant un rôle de mentor pour les encadrer.

Une Vitrine Internationale

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Via Canada Soccer

Bien que plusieurs joueurs recrutés par la ligue étaient des internationaux canadiens, certains ont pu découvrir le soccer international via des équipes nationales grâce à leurs performances en CanPL. Auteur d’un bon début de saison avec le Pacific FC, Noah Verhoeven a été invité au camp d’entraînement de l’équipe nationale canadienne avant la Gold Cup à Los Angeles. Quillan Roberts a obtenu sa première convocation et en bonus, une participation à la Gold Cup avec l’équipe nationale de Guyana, lui qui avait déjà joué un match amical avec l’équipe canadienne. Malgré plusieurs joueurs dans les listes préliminaires, Emery Welshman et Quillan Roberts, tous deux du Forge FC, ont été les seuls représentants de la CanPL dans la compétition continentale, sous les couleurs des Golden Jaguars. Ryan Telfer, prêté par le Toronto FC au York 9 a reçu sa première convocation (qui a été couronnée par son premier but) avec l’équipe de Trinité-et-Tobago, malgré l’intérêt de John Herdman avec le Canada. Ses coéquipiers du York 9, Emilio Estevez Tsai (Taipei chinois) et Justin Springer (Saint-Christophe-et-Niévès) ont poursuivi leur carrière internationale dans différentes compétitions. Pr contre, du côté du club d’Halifax, malgré son fort contingent de joueurs trinitéens, seul Akeem Garcia a été convoqué par les Soca Warriors depuis le début de la CanPL. Assez surprenant, le jeune Abd-El-Aziz Yousef (19 ans) a fait ses débuts avec l’équipe nationale somalienne alors qu’il n’a joué aucune minute sous les ordres de Stephen Hart. Il a participé aux 90 minutes de la première victoire somalienne en match de qualification de Coupe du Monde, contre le Zimbabwe. Du côté canadien, Marco Carducci (Cavalry FC) a été convoquée par l’équipe nationale canadienne pour la double confrontation contre Cuba en septembre 2019. Amer Didic, auteur de bonnes performances avec le FC Edmonton, a pu être convoqué à nouveau par l’équipe nationale canadienne Senior, mais il est toujours en attente de ses premières minutes. Le défenseur du Cavalry Dominick Zator a lui aussi été appelé pour le match du 15 novembre 2019 contre les États-Unis, sans fouler le terrain. Malgré ce trio albertain sélectionné en équipe nationale canadienne via la CanPL, la jeune ligue est en attente de son premier joueur à faire son entrée sur le terrain avec la tunique des Rouges. Du côté des équipes de jeunes, Aribim Pepple (16 ans) a signé son premier contrat professionnel en août 2019 avec le Cavalry FC avant de recevoir une convocation avec l’équipe canadienne U-17, sans être sélectionné à la Coupe du Monde de la FIFA U-17 qui a suivi. Un autre jeune, Ahmed Alghamdi (Pacific FC), âgé de 17 ans, a été sélectionné avec l’équipe nationale U-20 d’Arabie saoudite. Les sélections nationales sont souvent une vitrine intéressante sur le monde pour les joueurs. C’est de cette façon qu’ils peuvent également se comparer à leurs coéquipiers qui jouent dans d’autres ligues. Il ne serait pas surprenant que davantage de joueurs de la CanPL soient sélectionnés au sein de différentes équipes nationales dans les prochaines années.

Une Vitrine Locale

Malgré quelques problèmes techniques pendant la saison, la plateforme OneSoccer créée par le diffuseur MediaPro pour le marché canadien, s’est révélée bien efficace. Évidemment, bien que présentant bien des avantages, cette plateforme offre aussi un problème d’accessibilité dans un pays où une frange de la population n’a pas accès à de l’internet haute vitesse. Cependant, le réseau national CBC a diffusé dix matchs à la télévision (en plus des finales) ce qui a pu faire découvrir la ligue gratuitement aux intéressés et aux curieux. Au niveau de l’affluence aux stades, la comparaison est difficile en raison de la capacité nettement plus élevée du côté de Hamilton (Tim Horton Field, 40 000 sièges) et Winnipeg (Investor Group Field, 33 422 sièges). Le coup de cœur au niveau du public est visiblement du côté d’Halifax avec un stade (Wanderers Ground) presque rempli en permanence et une ambiance organisée par les supporters des Privateers (dont un des membres nous a été invité à notre podcast). Par contre, comme les sceptiques le prédisaient avant la saison, en raison de la proximité du Toronto FC (MLS), le York 9 FC a eu bien de la difficulté à remplir le York Lions Stadium, avec une moyenne de 2565 spectateurs par match.

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Via Soccerway

La ligue a aussi offert une exposition à des joueurs habitués à la scène semi‑professionnelle locale (LeagueOne Ontario, PLSQ), aux divisions inférieures américaines (USL Championship, USL League Two) ou à diverses ligues peu médiatisées à travers le monde. Bien que l’expérience n’ait pas toujours été concluante, plusieurs joueurs ont profité de l’occasion pour se relancer ou pour se faire connaître. Certains joueurs formés dans les académies des clubs de MLS ont profité de la CanPL pour prouver qu’ils avaient le niveau professionnel comme Terran Campbell (Pacific FC), David Choinière (Forge FC) ou encore Louis Béland-Goyette (Valour FC). Des clubs de MLS n’ont pas hésité à prêter des joueurs en CanPL et l’expérience s’est plutôt montrée concluante avec Emery Welshman (prêté du FC Cincinnati au Forge FC) qui a signé dans le championnat israélien en cours de saison. Ryan Telfer (York 9) a même été rappelé par le Toronto FC le temps d’un match en juin 2019, l’occasion pour lui d’offrir une passe décisive. L’américain Blake Smith, prêté par le FC Cincinnati au Pacific FC a également été un joueur important de cette jeune équipe, prenant part à 24 matchs de CanPL. Le club de l’île de Vancouver s’est également fait prêter David Norman Jr en  fin de saison, par la prochaine équipe d’expansion en MLS; l’Inter de Miami. Tout porte à croire que ce genre de prêts pourraient devenir plus fréquents, notamment en provenance des clubs canadiens de MLS.

Bien que cette première saison de CanPL est loin d’être parfaite, plusieurs signes encourageants laissent croire qu’un avenir radieux s’offre au soccer professionnel canadien. Pour ce faire, une croissance de la ligue est plus que nécessaire alors que le commissaire David Clanachan proclame toujours rêver d’instaurer un système de promotion et relégation à long terme. En attendant, nous pouvons savourer les succès de 2019 en attendant avec impatience la prochaine saison! Il faudra être attentifs aux annonces des prochains mois qui nous donneront une idée sur l’édition 2020 de cette ligue excitante. Soyez prêts et si vous voulez en savoir davantage, n’hésitez pas écouter notre podcast hebdomadaire consacré au soccer canadien, Cs à l’érable!

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