Megan Rapinoe: une Femme, une Activiste, une Championne

Si vous avez suivi le soccer féminin en 2019 vous n’avez pas pu passez à côté de ce nom : Megan Rapinoe.

Joueuse emblématique américaine, co-capitaine de l’USWNT, passée par l’Olympique Lyonnais en 2013, dévouée sur le terrain comme en dehors, elle n’hésite pas à utiliser sa notoriété pour envoyer des messages forts. Tantôt adulée, tantôt critiquée ou même haïe, voici le portrait d’une joueuse hors norme qui aura marqué 2019 et le soccer féminin mondial.

Pour ceux qui ont découvert le haut niveau féminin cet été avec la Coupe du Monde, vous avez forcément vu ou entendu parler de cette numéro 15, « grande gueule » de l’équipe américaine, à la coiffure devenue aussi mythique que sa célébration. Megan Rapinoe, couronnée une deuxième fois championne du monde avec ses coéquipières, enrichi en cette fin d’année 2019, un palmarès individuel déjà bien fourni.

Soulier d’or de la compétition avec six réalisations, elle est élue le 7 juillet 2019, un soir de finale, meilleure joueuse de la Coupe du Monde. Après une célébration dans les rues de New York et une tournée des plateaux TV, la native de Redding (Californie), n’a pas vraiment le temps de redescendre de son nuage.

À Milan, le 23 septembre, aux côtés des plus grands joueurs du monde lors de la cérémonie des trophées The Best FIFA Football Awards, la milieu de terrain de l’USWNT et du Seattle Reign, se voit remettre le trophée de la meilleure joueuse de l’année 2019. Mais l’aventure ne s’arrête pas là, car le 2 décembre, elle devient la deuxième joueuse à obtenir le prestigieux Ballon d’Or succédant ainsi à Ada Hegerberg (joueuse de l’Olympique Lyonnais).

Rapinoe1-Fifa.com
Via FIFA.com

Beaucoup de critiques émergent sur la toile suite au choix de la gagnante, disant que cela n’était pas mérité au vu de sa saison en club. Effectivement malgré une très bonne Coupe du Monde, Megan Rapinoe n’a effectué que six matchs avec son club du Reign FC (Seattle) et n’a inscrit aucun but.

Connaissant l’impact de la joueuse en dehors d’un terrain de football, les votants ont peut être jugés non pas seulement la joueuse, mais la femme, car au-delà de l’aspect sportif, Megan Rapinoe n’a pas peur de parler ouvertement de ses opinions politiques ainsi que de son aversion envers le président américain Donald Trump. Lors de la Coupe du Monde, elle refusa de chanter l’hymne national américain avant chaque rencontre en signe de protestation contre sa politique menée envers les minorités. Elle avait d’ailleurs déclaré lors d’une interview pour le site Yahoo: « Je ne mettrai probablement plus jamais ma main sur le cœur. Je ne chanterai probablement plus jamais l’hymne national».

En amont de la Coupe du Monde, elle avait annoncé lors d’une interview pour le magazine « Eight By Eight » : « Je n’irai pas à cette putain de maison blanche », s’attirant les foudres du Président lui-même, qui dans un tweet, lui avait répondu « Megan ne devrait jamais manquer de respect à notre pays, à la Maison Blanche et à notre drapeau».

Ses coéquipières l’ont soutenu les unes après les autres stipulant qu’elles ne souhaitaient pas non plus être reçues à la maison blanche en cas de victoire, comme elles l’avaient été en 2015 par Barack Obama.

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Via NBC.com

Au lendemain de la victoire, la milieu de terrain enchaîne les interviews et devant les caméras de CNN, éclaircit son message concernant le refus d’un éventuel déplacement à la maison blanche en s’adressant directement au Président : « Je pense que votre message exclut des gens. Vous m’excluez. Vous excluez les gens qui me ressemblent». Ouvertement gay depuis 2012, elle est l’ambassadrice d’une association à but non lucratif, « Athlete Ally », qui se bat contre l’homophobie et la transphobie dans le sport.

Lors de son discours devant le City Hall de New York après la parade elle continue de délivrer son message : « C’est de mon devoir de vous dire cela, nous devons être meilleurs. Nous devons aimer davantage, moins haïr . Nous devons écouter plus et moins parler. Nous devons savoir que c’est de la responsabilité de chacun. C’est de notre responsabilité de rendre ce monde meilleur. Je pense que cette équipe fait un travail incroyable pour porter tout cela sur ses épaules. Oui, on fait du sport, oui on joue au football, oui, on est des femmes athlètes, mais on est beaucoup plus que ça ».

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Via Bustle

Son engagement n’est pas nouveau. Déjà en 2016, elle boycotta l’hymne américain en soutien au joueur de football américain Colin Kaepernick, qui protestait à l’époque contre les violences policières faites à l’encontre de la population afro-américaine en posant un genou à terre. Elle en fit donc de même.

Megan Rapinoe avait expliqué au Guardian pourquoi elle soutenait ce joueur : « J’ai l’intention de continuer à poser un genou à terre (pendant l’hymne), j’essaie de trouver une autre façon d’agir, mais en attendant c’est ma façon à moi de faire entendre ma voix. Je pense que c’est en fait assez dégoûtant la façon dont il a été traité. Étant une Américaine gay, je sais ce que ça signifie de regarder le drapeau et de voir qu’il ne protège pas toutes vos libertés. C’était une petite chose que je pouvais faire et que je continuerai à faire à l’avenir. C’est important d’avoir des Blancs qui supportent les gens de couleurs. Nous n’avons pas besoin d’être les leaders de ce genre de cause, bien sûr, mais juste les soutenir, c’est quelque chose de très puissant».

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Via AS.com

En cette même année 2016, Megan Rapinoe se joint à ses coéquipières pour lancer le mouvement « Equal Pay » qui a pour but de dénoncer et de se battre contre l’inégalité salariale au sein de la fédération Américaine de soccer ( l’USSF). Après une perte de vitesse ce mouvement refait surface à l’aube de la Coupe du Monde en France et devient plus fort. L’USWNT n’est donc plus seule, d’autres personnalités comme Eva Longoria ou Nathalie Portman soutiennent et rejoignent  le combat.

Megan Rapinoe ne s’arrête pas là. Elle rajoute un autre atout à sa palette en étant membre de la campagne « Common Goal » créée par le joueur de football de Manchester United Juan Mata. Chaque joueur, membre de cette campagne, s’engage à faire don de 1 % de son salaire à l’association qui se présente sous la forme d’un fond collectif : «Common Goal regroupe 120 œuvres caritatives réparties dans 80 pays, afin d’utiliser au mieux l’argent. Le vaste réseau, mis en place durant les quinze dernières années, lutte notamment pour l’égalité des sexes en Inde, la consolidation de la paix en Colombie, l’intégration des réfugiés en Allemagne ou l’aide des jeunes défavorisés en République Tchèque». Megan devient la deuxième joueuse à rejoindre le mouvement après sa compatriote Alex Morgan.

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Dernièrement aussi, alors que les préparations pour les Jeux Olympique de Tokyo avancent à grands pas, le président du Comité International Olympique, M. Thomas Bach, vient de rappeler quelques règles à respecter qui ne sont pas au goût de notre Américaine: «Les JO sont pas et ne devront jamais être une plate-forme de revendications politiques ou de tout discours de division». Il est donc interdit aux sportifs participant aux JO d’exprimer une opinion politique «sur le terrain de compétition, au Village olympique, pendant les cérémonies d’ouverture ou de clôture ou sur un podiu».

Toutes formes de protestations à savoir, le genou à terre, les gestes politiques ou encore le port de signes ou brassards seront interdits et les athlètes pourront faire face à des sanctions disciplinaires. Les règles sont détaillées ici.

Megan Rapinoe n’a pas tardé à répondre sur son compte Instagram :

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Via Instagram

Message que nous pouvons traduire par : « On en fait tellement sur les manifestations. On en fait si peu sur ce contre quoi nous protestons. Nous ne serons pas réduits au silence ».

Activiste, philanthrope, athlète, Megan délivre un message qui va au-delà des stades, utilisant sa voix et sa notoriété comme une force pour faire élever la prise de conscience sur certains problèmes sociétaux. Megan Rapinoe est plus qu’une Championne du Monde, c’est le symbole de toute une génération qui montre de plus en plus que, quel que soit notre orientation sexuelle, notre couleur de peau, notre religion ou notre genre, nous pouvons tous êtres des humains d’exception. Chapeau Mme Rapinoe !

 

 

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