Alejandro Pozuelo à la Conquête de la MLS

Alors que le Toronto FC dût, à regret, laisser partir son joueur désigné le plus prolifique en la personne de Sébastian Giovinco, Alejandro Pozuelo devait en venant ici, accepter le défi de conquérir à la fois ses coéquipiers ainsi que les supporters torontois. Le trou laissé béant au poste de numéro 10 (ou si vous préférez de milieu offensif), n’allait pas être facilement comblé.

Si nous revenons en 2014 et 2015, Greg Vanney favorisait la stratégie du 4-4-2 en diamant pour affronter ses adversaires en MLS. C’est grâce aux acquisitions de Giovinco et Jozy Altidore, en 2015, que Vanney modifiera sa stratégie offensive pour échafauder un 3-5-2 qui offrira beaucoup de victoires à sa formation. Le succès étant rapidement au rendez-vous et durable, il fallait trouver le joueur idéal pour poursuivre le travail déjà mis en oeuvre après le départ Giovinco.

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Pozuelo sous le maillot de Genk (via theScore)

C’est dans cette optique que Pozuelo fut donc contacté et mis sous contrat le 4 mars 2019. Issu du centre de formation du Betis Séville, l’Espagnol de 28 ans ne restera que deux ans avec le Betis Séville B en seconde division. En 2011, il est titularisé pour la première fois avec l’équipe première et finira par marquer son premier but professionnel le 18 décembre de la même année contre l’Atlético Madrid. Fort de ses 162 titularisations comme milieu offensif, récoltant au passage 24 buts et plus du double de passes décisives (52), sa valeur marchande s’élèvera à 8M€ selon Transfertmarkt. Arrivant à 28 ans de Genk, il est actuellement à son apogée physiquement et pourrait faire rêver les partisans torontois encore plusieurs années.

Son profil offensif et ses qualités physiques, ressemblant étrangement à la « Formica Atomica » (la fourmi atomique, surnom de Giovinco), auront conduit les dirigeants du TFC à lui confier les clés du jeu dans l’espoir de garder le cap et de faire fonctionner le schéma de Vanney qui a déjà fait ses preuves.

Mais pourquoi jouer en 3-5-2 alors que la majorité des équipes de la MLS bien nanties en numéros 10, emploient plutôt le 4-2-3-1? Tout d’abord le génie de Vanney lui dicte que, pour accentuer son offensive, il ne doit pas ajouter un attaquant mais plutôt des milieux de terrain. Le contrôle du centre du terrain est la principale préoccupation pour une équipe qui veut s’imposer et dominer. Les milieux de terrain sont des joueurs robustes, ayant une bonne vision globale du jeu et qui techniquement, sont capables de faire parcourir beaucoup de distance au ballon en peu de temps. Avec cinq acteurs au milieu dans un espace restreint, de petites passes rapides jouées en une-deux, peuvent efficacement mettre en pièce une défensive hermétique et permettre la transmission de la balle vers les avant-centres. Avec Alejandro en électron libre, son talent lui permet donc de distribuer le cuir entre les lignes (entre les rangées de défenseurs), par-dessus l’épaule (longue balle aérienne de l’arrière vers l’avant particulièrement affectionnées par Jozy Altidore), grâce à des passes millimétrées dans la course d’un partenaire ou simplement en jouant vers l’arrière jusqu’à ce que la faille défensive apparaisse d’elle-même.

Visuellement, un 3-5-2 est un schéma très intimidant. Le centre semble bouché et pousse l’adversaire à faire des passes en retrait. Si ces derniers tentent d’y aller de passes profondes, la supériorité numérique de Toronto offre l’opportunité de récupérer facilement la balle. Il suffit de coulisser deux milieux latéraux vers l’arrière en défenseurs latéraux et nous voilà dans un 5-3-2, une formation étanche défensivement et prête à défendre sa surface âprement. Pour ne nommer que ceux-là, le vétéran Justin Morrow et le nouveau venu Auro Alvaro s’acquittent à merveille de cette tâche.

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Cette formation devient aussi très efficace contre le 4-2-3-1 qui utilise un trident offensif plus haut, avec une pointe unique et qui abondement utilisée en MLS. Elle est également très efficace en situation de siège contre l’équipe adverse. Conjuguant possession et cohésion, une pression énorme se crée sur la défense qui finit généralement par craquer et allouer des occasions de but. En ordonnant à ses hommes de protéger l’entrée de la surface, par un surnombre défensif, et de jouer le hors-jeu au cas où l’adversaire tente de rejoindre son avant-centre avec des passes dans le dos des défenseurs, la ligne arrière du TFC se met à l’abri des passes entre les lignes et force le jeu aérien par des centres de l’extérieur de la boite.

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Si Vanney avait eu le génie de créer une formation à base de nouveaux ingrédients dans sa cohorte, essayer de remplacer une pièce maîtresse sans prétendre changer la cohésion du groupe reste une utopie en soi car, aussi bon soit Pozuelo, il n’est tout simplement pas Giovinco. Depuis le départ de l’Italien, la fibre intime de l’équipe s’est fragilisée. Plusieurs ont voulu s’asseoir sur le trône laissé libre par l’Italien afin de prendre le leadership de l’équipe, sans réellement y parvenir.

Depuis les frasques et déclarations d’Altidore (entre autre au sujet de la gestion de la blessure par le Club TFC vis à vis de Michael Bradley), jusqu’aux crampes au cerveau de Bradley lui-même tant sur le terrain (on lui reproche d’avoir perdue sa touche de distributeur) qu’aux penaltys ( ses dernières apparitions en penaltys se sont soldées par des échecs notamment à toucher le cadre), Pozuelo n’a pas pu unifier le vestiaire et s’imposer comme le leader incontesté du groupe.

Malgré tout, les Reds auront réussi ce qui semblait improbable à la mi-saison en se qualifiant pour les séries tout en accédant à la finale de la MLS. Ils auront travaillé d’arrache-pied, mais se sont finalement inclinés sur le score de trois à un contre les Sounders dans un match où Toronto n’aura jamais vraiment été dans le coup. Il ne leur restait donc que la possibilité de représenter le Canada en Ligue Des Champions CONCACAF. Encore une fois, l’objectif si près d’être atteint, leur glissa entre les doigts en s’inclinant en finale du Championnat Canadien face à l’Impact de Montréal.

WalkingtheRed
Toronto s’est incliné face à Montréal en Championnat Canadien (via Walk the Red)

Suite à la défaite crève-cœur contre l’Impact, comment les hommes de Greg Vanney reviendront-ils à la charge cette saison ? La rivalité Montréal – Toronto est bien sentie et ce dernier n’a pas du tout apprécié de perdre sa place de représentant du Canada à la compétition continentale.

La saison 2020-2021 en est à ses matches de présaison en ce moment et Toronto a, d’ailleurs, gagné son premier duel face aux Colorado Rapids par la marque de quatre à zéro. Un blanchissage qui donne le ton sur l’état d’esprit des joueurs torontois. La vision de Vanney pour la saison 2020 est claire : contrôler le jeu par la possession, attaquer systématiquement dès que l’opportunité se présente, éviter les revirements et défendre en unité compacte.

 Alors que, dans ce premier défi, Pozuelo aura mené son club dans l’exécution offensive, il est certain que toute l’organisation du TFC se prépare pour une saison d’enfer avec, en tête, le désir de revoir les beaux jours du club en MLS, mais cette fois avec un Espagnol plutôt qu’un Italien derrière tous les bons coups qui feront lever de leurs sièges les partisans des Reds.

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