L’Incroyable Histoire de Jason Kreis

Quand vous mentionnez le nom de Jason Kreis devant un connaisseur de la MLS et de son histoire, vous avez des réponses totalement différentes d’une personne à une autre. Certains se rappellent des sommets atteints par Kreis en tant que joueur ou entraineur, tandis que d’autres se concentrent sur les différentes humiliations qu’a subi l’ex-international américain au fil des années. Comment un joueur qui n’était pas spécialement reconnu comme un jeune talent à fort potentiel a-t-il pu atteindre des sommets inexplorés à son époque? Comment a-t-il pu connaitre autant de succès en tant que jeune entraineur avant de subir plusieurs humiliations consécutives quelques années plus tard? Retour sur la carrière, encore bien active, de celui qui a aussi souvent été qualifié de héros que de zéro.

Un jeune joueur peu connu mais talentueux :

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Via goduke.com

Né à Omaha, au Nebraska, Kreis a toujours baigné dans le soccer comme beaucoup de jeunes de cette région des États-Unis grâce aux deux équipes de College Soccer; les Omaha Mavericks et les Creighton Bluejays. Après avoir prouvé qu’il avait du talent pendant son adolescence, Duke University, en Caroline du Nord, lui offre une bourse afin de porter ses couleurs. Durant ses années au College Soccer, Kreis fait partie des équipes ‘All American’ (distinction qui récompense les meilleurs joueurs universitaires du pays) aux côtés de grands joueurs américains de l’histoire comme Brad Friedel, Claudio Reyna ou Eddie Pope (dont on vous parle ici). De plus, Kreis jouait aussi au soccer en été dans des clubs de la United States Interregional Soccer League comme les Raleigh Flyers et le New Orleans Storm. De nos jours, cette ligue est devenue, après plusieurs partenariats, mutations et annexions; la USL, qui chapeaute la USL Championship, la USL League One et la USL League Two. Son talent ne passe pas inaperçu lorsque la MLS annonce sa première draft en 1996. Certes, il ne fait pas partie de la ‘1996 MLS Inaugural Allocations Draft’ où les meilleurs joueurs, américains et internationaux, sont distribués parmi les différentes franchises de la ligue mais il fait tout de même partie de la MLS Inaugural Player Draft qui suivit. Cette dernière peut se targuer d’avoir vu de nombreux joueurs de talent comme Brian McBride, Peter Vermes ou Raul Diaz Arce. Sélectionné à la 43ème position par le Dallas Burn (actuellement le FC Dallas), il marque 13 buts lors de sa première saison en MLS, dont le premier but de l’histoire du Burn le 18 avril 1996 face à Kansas City, et termine au septième rang des meilleurs buteurs de la ligue. À la fin de l’année, il fait aussi sa première apparition pour l’équipe nationale américaine en disputant ses premières minutes face au El Salvador. Malheureusement, sa carrière internationale n’a jamais vraiment pris son envol à cause d’une compétition féroce au poste d’attaquant où plusieurs joueurs passent bien avant lui (Brian McBride, Landon Donovan, Preki, Eric Wynalda…). Il ne marquera qu’un seul but en 14 apparitions sous les couleurs américaines.

Premières et sommets inespérés :

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Via Dallas News

L’année suivante, en 1997, il décroche le premier et le seul titre collectif de sa carrière de joueur en remportant la US Open Cup avec le Burn face au grand DC United (0-0, 5-3 aux tirs au but). Kreis ne fait son apparition sur le terrain qu’à la 100ème minute de jeu dans ce match mais amène tout de même sa pierre à l’édifice en marquant son tir au but.

En MLS, Kreis progresse d’année en année et le Dallas Burn parvient à se qualifier en playoffs chaque saison lors des sept premières années de son histoire (1996 à 2002), ne parvenant malheureusement pas à soulever la MLS Cup. Individuellement, Kreis empile les buts et, en 1999, devient le premier joueur de l’histoire de la ligue à marquer plus de 15 buts et 15 passes décisives dans une même année (il marquera 18 buts en plus de donner 15 passes décisives). Fort logiquement, c’est aussi le premier joueur américain né aux États-Unis à remporter le titre de MVP en 1999 (Preki, né en ex-Yougoslavie, étant le premier américain à l’emporter en 1997), montrant par la même occasion que le talent local peut se sublimer et réaliser des performances dignes de ce nom. En 2004, lors de sa dernière saison avec le Burn, il marque le 89ème but de sa carrière en saison régulière et dépasse Roy Lassiter, devenant le meilleur buteur de l’histoire de la jeune ligue. Il restera au sommet du classement des buteurs pendant trois ans avant d’être dépassé par le bolivien Jaime Moreno. Jusqu’à aujourd’hui, Kreis est le joueur ayant disputé le plus de matchs sous les couleurs du club, le meilleur buteur et le meilleur passeur de l’histoire de Dallas. Des records qui ne risquent pas de tomber dans les années futures.

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Via Deseret

Après la saison 2004, le président et GM de Dallas, Greg Elliott, entame des discussions avec les représentants du joueur mais ne ils parviennent pas à s’entendre sur le futur rôle de l’international américain au sein de l’effectif. Au mois de novembre 2004, il est donc échangé au Real Salt Lake où il devient le premier joueur de l’histoire de la nouvelle franchise de l’Utah. Toujours motivé lorsqu’on lui présente un nouveau challenge, Kreis marque le premier but de l’histoire du club dans la défaite 3-1 face au Galaxy de Los Angeles le 5 avril 2005. Plus tard lors de cette même saison, il devient le premier joueur de l’histoire de la MLS à marquer 100 buts en carrière, une énorme surprise sachant qu’il ne remportera le titre de meilleur buteur de la ligue qu’une seule fois durant sa carrière. La constance et l’abnégation du joueur ont toujours été ses forces, ce qui lui permit de marquer 17 buts et 9 passes décisives en 58 matchs sous ses nouvelles couleurs.

Un brillant jeune entraineur :

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Via Deseret

Sous les ordres de l’entraineur américain John Ellinger depuis les débuts de la franchise, le Real Salt Lake (RSL) accumulait les mauvaises saisons. Le 3 mai 2007, après seulement quatre matchs disputés lors de la saison 2007, le club annonce que Jason Kreis, pourtant joueur de l’effectif cette saison-là, prend sa retraite et est nommé entraineur du club. Deux jours plus tard, le plus jeune entraineur de l’histoire de la MLS à l’époque (34 ans et 127 jours) dirige le premier match de sa carrière d’entraineur face aux Red Bulls de New York (3-3). Cette saison 2007 est une saison d’apprentissage pour le nouveau coach. Puisque le GM de l’équipe a aussi été renvoyé, il apprend le métier à vitesse grand V, s’occupant de signer des joueurs internationaux au mercato d’été et en chapeautant les différents transferts et échanges nécessaires. Il entreprend alors un gros chantier dès sa première saison et parvient à recruter des joueurs comme Kyle Beckerman, Chris Wingert, Robbie Findley, Yura Movsisyan et Javier Morales qui deviendront des légendes du club grâce à leurs performances. Au rayon des départs, il n’hésite pas à se séparer de gros joueurs comme Chris Klein, Jeff Cunningham, Mehdi Ballouchy et Freddy Adu (transféré à Benfica au Portugal). Après une période d’adaptation durant les premiers mois, il termine la saison sur une bonne note avec deux victoires, trois matchs nuls et deux défaites lors des sept derniers matchs.

Lors de la saison 2008, Kreis continue à modeler l’équipe à son image en signant deux joueurs d’envergure qui formeront la charnière centrale de l’équipe; Nat Borchers et Jamison Olave. D’autres joueurs comme Tony Beltran, Clint Mathis et le Canadien Will Johnson se joindront également à l’effectif. Ces remaniements d’effectif et les longues heures de préparation qui les précèdent permettent à Kreis d’entrainer l’une des meilleures équipes de l’histoire du club, les menant vers leur première participation en playoffs en 2008 avec une fiche de 10V-10N-10D. Après avoir éliminé le Chivas USA (https://culturesoccer.com/2019/05/22/retour-vers-le-futur-1-chivas-usa-le-futbol-mexicain-au-pays-du-soccer/) lors du premier tour, RSL s’incline 0-1 à domicile lors de la finale de la conférence de l’Ouest face aux New York Red Bulls (en tant que 8ème du classement général et 5ème club qualifié de la conférence Est, New York se retrouvait à affronter des clubs de l’Ouest).

En 2009, le Real Salt Lake se qualifie in extremis pour les playoffs, obtenant la 8ème et dernière place qualificative avec un effectif presque inchangé par rapport à celui de l’année passée (à quelques joueurs de rotation près et Ned Grabavoy). C’est à cet instant-là que le conte de fée débuta. Vainqueur du Crew de Columbus lors du premier tour des playoffs en s’imposant 1-0 à domicile et 2-3 en Ohio, le Real Salt Lake s’imposa face au Fire de Chicago en finale de la conférence de l’Est 5-4 aux tirs au but après un match nul 0-0 (en tant que 8ème du classement général et 5ème club qualifié de la conférence Ouest, RSL se retrouvait à affronter des clubs de l’Est). Opposé en finale face au grand Galaxy de Los Angeles de David Beckham et Landon Donovan, le Real est loin d’être intimidé et s’impose encore une fois 5-4 aux tirs au but après un score de 1-1 après prolongations.

Cependant, une autre épopée est toute aussi ancrée dans la tête des supporters du Real de l’ère Kreis; celle de la Concacaf Champions League 2010-2011. Confortablement qualifié de la phase de groupe avec 13 points sur 18 possibles face au Cruz Azul du Mexique, Toronto FC du Canada et Arabe Unido du Panama, RSL parvient à écarter le Crew de Columbus en quarts de finale s’imposant sur le score cumulatif de 4-1. En demi-finale, la troupe de Jason Kreis élimine difficilement le club costaricien du Deportivo Saprissa. En effet, après une victoire de 2-0 à domicile au match aller, le Real parvient à marquer un but à l’extérieur par Jamison Olave d’une demi-volée surpuissante à la suite d’un corner et malgré la défaite 2-1, se qualifie sur un score cumulatif de 3-2 sur l’ensemble des deux matchs. Lors de la finale de la compétition face au club mexicain de Monterrey, le Real pensait avoir fait le plus dur en ramenant un match nul de 2-2 en sol mexicain sur des buts de Borchers et Morales. Malheureusement, lors du match retour à domicile dans un Rio Tinto Stadium chauffé à bloc, la troupe de Jason Kreis s’inclina sur le score de 0-1.

Jason Kreis restera à la barre du club jusqu’en 2013, qualifiant RSL pour les séries chaque année tout en parvenant à atteindre la finale de la MLS Cup une seconde fois en 2013 et de s’incliner cette fois-ci aux penalties 6-7 face au Sporting Kansas City.

Sous sa houlette, plusieurs autres joueurs de talent, non mentionnés plus haut, sont venus rejoindre le Real Salt Lake comme Alvaro Saborio et Joao Plata et Kreis a continué à diriger son équipe d’une main de maitre durant toutes ces années. Il reste l’entraineur qui a eu le plus de succès au club avec une fiche gagnante de 112V-64N-85D.
Suite à l’énorme désillusion en finale de la MLS Cup 2013, Kreis est annoncé comme le premier entraineur de New York City FC en décembre 2013, club d’expansion qui rejoindra la ligue en 2015. Le club qui appartient au richissime City Football Group croit en l’habileté de l’entraineur américain et voit en lui un porte-drapeau exemplaire afin d’imposer sa marque sur le continent nord-américain.

La descente aux enfers :

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Via NYCFC

Sous contrat dès le 1er Janvier 2014, Kreis connait une année complète à préparer la première saison de New York City FC allant même en Angleterre afin de rencontrer les dirigeants du groupe et comprendre sa stratégie globale.

Pour sa première saison avec le club, Jason Kreis peut compter sur le premier joueur désigné de l’histoire de la franchise, l’espagnol David Villa en provenance de l’Atlético de Madrid et sur le retour de l’international américain Mix Diskerud au pays en provenance du club norvégien de Rosenborg. Kreis recrute aussi des joueurs de son ancien club comme Josh Saunders, Kwame Watson-Siriboe, Chris Wingert, Ned Grabavoy et Sebastian Velazquez afin de mettre son système en place plus rapidement. Après un début de saison positif avec une victoire à domicile et deux matchs nuls à l’étranger, NYCFC perd six de ses sept prochains matchs et les joueurs ont du mal à jouer ensemble et à créer un collectif bien huilé. Durant le mercato d’été, les ‘Boys in Blue’ croient frapper fort en signant l’international anglais Frank Lampard et l’international italien Andrea Pirlo en tant que joueurs désignés, mais les vétérans ne parviennent pas à métamorphoser le club sous la direction de Kreis. L’entraineur américain est finalement congédié après une seule saison à la barre du club avec une triste fiche de 10V-7N-17D. Difficile d’expliquer son échec mais nous pouvons facilement remarquer que la stratégie du club a drastiquement changé depuis son départ. Plus aucune star européenne, proche de la retraite, n’a rejoint le club mais plusieurs joueurs européens ne jouant pas dans les gros championnats ainsi que des sud-américains de talent ont fait leur place au sein de l’effectif (Maximiliano Moralez, Alexander Callens, Anton Tinnerholm, Alexandru Mitrita…)

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Via MLS Soccer

Moins d’un an plus tard, Kreis s’engage avec Orlando City SC, club d’expansion de 2015 lui aussi, qui n’a pas réussi à briller sous l’entraineur précédent, Adrian Heath. Pourtant, il y a du talent dans l’effectif du club floridien avec l’ancien ballon d’or Kaka, l’international brésilien Julio Baptista, l’international italien Antonio Nocerino et certains talents nord-américains comme Cyle Larin, Servando Carrasco et, à moindre mesure Brek Shea. Son histoire avec Orlando débute de la plus belle des manières puisqu’il remporte son premier match face au Revolution de la Nouvelle-Angleterre sur le score de 3-1. Malgré un très léger redressement par rapport à la première moitié de saison, Kreis n’arrive pas à donner un nouveau souffle à l’effectif. L’année suivante, il fait tout pour recruter Will Johnson, qu’il avait déjà amené à Salt Lake City, et flaire le bon coup en signant l’international péruvien Yoshimar Yotun de Malmö en Suède. Surtout, il mise le tout pour le tout sur l’international américain Dom Dwyer (plus gros montant de transfert dans une transaction intra-MLS), attaquant physique intenable avec le Sporting Kansas City, qui aura la lourde tâche de marquer des buts pour les Lions. Malgré un début de saison tonitruant avec six victoires en sept matchs, Orlando City SC ne gagnera plus que quatre matchs sur les 27 derniers, chutant lourdement sur le score de 6-1 sur la pelouse de l’Union de Philadelphie pour le dernier match de la saison.

Lire Aussi : Orlando City SC : Une culture de la loose?

Bizarrement, ses dirigeants lui renouvellent leur confiance et lui permettent de continuer l’aventure en 2018. Sachant que son effectif a beaucoup de mal défensivement, Kreis tente de colmater les brèches avec les arrivées de Lamine Sané du Werder de Brême, RJ Allen de New York City FC et Mohamed El Monir du Partizan de Belgrade. La formule semble fonctionner cette fois-ci avec un bon début de saison et une série de six victoires consécutives entre la 4ème et la 9ème journée. Cependant, la lune de miel prend fin de manière assez brutale puisque le club s’incline face à son rival Atlanta United et entame une série qui le verra perdre ses six prochains matchs. Jason Kreis se retrouve une nouvelle fois sans emploi, ne laissant derrière lui que des regrets symbolisés par le salaire mirobolant octroyé à Dom Dwyer qui n’a jamais trouvé sa vitesse de croisière en Floride.

Réapprendre le métier :

L’entraineur américain décide alors de prendre du recul et réfléchit à la direction à prendre pour la suite de sa carrière. Quelques mois plus tard, en janvier 2019, il est engagé au sein du département technique de l’Inter Miami mais le club ne dévoile pas la position que qu’il prendra au sein du club appartenant, entre autres, à David Beckham. Les nombreux supporters du club d’expansion, qui fera ses premiers pas lors de la saison 2020 en MLS, ne veulent pas croire que Miami l’ait engagé comme entraineur principal du club. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et de soulagement que ces derniers ont accueilli l’annonce en fin d’année 2019, quand l’Uruguayen Diego Alonso a pris les commandes de l’équipe première. De son côté, Kreis se voit confier le poste d’entraineur chef de l’équipe réserve qui évoluera en USL League One lors de la saison 2020. Peut-il relever le défi au troisième échelon américain? Verra-t-on l’entraineur Kreis renaitre de ses cendres?

Une chose est sûre, Jason Kreis prend le taureau par les cornes et n’hésite pas à se lancer dans de nouvelles aventures. Deux mois après avoir accepté de rejoindre l’Inter Miami, l’ex-international américain n’a pas hésité à relever un autre défi; celui d’emmener l’équipe nationale U23 aux Jeux olympiques de Tokyo. Depuis, la situation a changé et les différentes compétitions sportives sont à l’arrêt, ce qui met un frein aux ambitions de Kreis, mais une fois que la compétition reprendra, attendez vous à un Jason Kreis revanchard, prêt à donner un nouveau souffle à sa carrière.

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