Entretien avec Chelsea Surpris (Internationale Haïtienne, Montauban)

Cet entretien est réalisé par Lucas Gibert, un ancien journaliste sportif pour Soccer France, qui vit proche de Montauban et est également animé par une passion pour le ballon rond en Amérique du Nord. 

Passer du système Nord-Américain à l’Europe n’est pas toujours une évidence pour une joueuse fraîchement sortie de sa période College Soccer. C’est pourtant le parcours de la Texane mais aussi internationale haïtienne, Chelsea Surpris, qui s’est engagée en D2 française dans l’ambitieux club de Montauban. Une occasion en tant que local de rencontrer la nouvelle recrue du MFC TG, au sein du brillant complexe Jean Verbeke, pour Culture Soccer. 

Nommées après l’ancien vice-président de la FFF, figure de proue de la candidature de la France à la Coupe du Monde 1998 et du sauvetage de l’organisation montalbanaise au début des années 2000, ces installations flambant neuves, dotées des dernières technologies, forment l’antre du club tarn-et-garonnais depuis fin 2019. Deux terrains de compétition, l’un en pelouse d’une propreté exemplaire, l’autre en synthétique, et trois d’entraînement (un en naturel, deux en synthétique) entourent le club house, les tribunes et la boutique du club, pour un ensemble aussi étonnant que remarquablement réalisé.

Avec Chelsea, nous avons donc discuté pendant plusieurs heures en naviguant à travers les vastes infrastructures des jaune et bleu, afin d’en connaitre davantage sur la native de Crowley, au Texas.  Débutant dans le prestigieux programme local Solar, puis ayant fait ses classes du côté du Dallas Sting (avec deux titres nationaux chez les jeunes, en 2011 et 2014 au passage), la polyvalente néo-montalbanaise a poursuivi sa formation en High School du côté des Nolan Catholic Vikings et l’a conclue au sein des fameux Texas Longhorns, en D1 NCAA. Un parcours l’ayant menée à l’équipe nationale haïtienne, avec des débuts face à l’USWNT en début d’année, peu après une expérience dans le staff de son mentor, Lance Key, à University of Louisiana. 

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Le centre d’entraînement de Montauban

LG : Pourquoi as-tu rejoint Montauban ? Et comment ça s’est fait ? 

CS : Montauban m’a choisie en quelque sorte. Je ne dis pas ça dans le sens que j’ai été approchée par le club, mais j’ai plutôt eu une opportunité de venir ici grâce à « coach Laurent » (ndlr, Laurent Mortel, le sélectionneur d’Haïti) en équipe nationale haïtienne. A la base, je ne connaissais rien de Montauban, je ne savais même pas où le situer sur une carte. 

LG : En gros, c’est le Texas de la France.

CS : Oui ! Et c’est génial parce que c’est une opportunité de vivre mon rêve de jouer à l’étranger. J’ai donc dit oui.

LG : Et à la base tu avais une préférence quant au pays dans lequel tu aurais voulu jouer ? 

CS : Oh, pas vraiment. Je connais certains clubs en France comme le PSG, Lyon, Montpellier et Bordeaux, pour ne nommer que quelques top clubs. Je suivais quelques-uns d’entre eux mais non, je n’avais pas vraiment de préférence. 

LG :  Maintenant que tu es là, quels sont tes plans en tant que joueuse et en tant que personne ? 

CS : En tant que joueuse, j’aimerais vraiment intégrer la culture du soccer français. C’est un sport universel, et ce que je veux dire, c’est que chaque coach est différent, chaque coach aime quelque chose que n’aime pas un autre. Je vais juste essayer de grandir en tant que joueuse et faire cette première saison avec l’équipe. Sur un plan personnel, je vais essayer en priorité de casser la barrière de la langue, même si tout s’est super bien passé jusqu’ici en France, mais oui je me concentre sur l’apprentissage de la langue et aussi le fait de comprendre la culture, se faire un entourage d’amis ici au club. Le but c’est de pouvoir mieux communiquer et d’être plus sociable.

LG : Ce qui m’amène à te questionner au sujet de ta situation ici. Montauban étant un club amateur, dois-tu travailler à côté pour vivre ? 

CS : Je travaillerai au sein du club, si ça peut répondre à la question. Je vis dans ma famille d’accueil. Et je ne pense pas que j’aurai de grandes responsabilités étant donné que je ne parle pas bien français pour le moment. Pour cette raison aussi, ça n’aurait pas beaucoup de sens pour moi d’aller essayer de trouver du travail si je ne peux pas communiquer avec les gens.

LG : Pratiquement personne ne parle anglais ici, donc oui en effet c’est compliqué. Et pour ce qui est de ta présence, administrativement, comment ça se passe ? Tu signes un contrat, une simple licence de joueuse au club ? 

CS : J’ai signé une licence, ce qui fait que je suis au club pour une saison complète, garantie, et je n’ai pas de plan d’avenir pour le moment, donc je suis juste dans l’état d’esprit de faire cette première saison, de faire mes premiers pas…

LG : … Sur ce terrain derrière nous. D’ailleurs, puisque nous en sommes à discuter de ce qui est à côté du soccer, as-tu pris conscience de comment les choses se passent ici, dans la vie ? Tu as noté des différences, des choses que tu aimes, que tu trouves au contraire étranges dans le fonctionnement local ?

CS : Il n’y a pas beaucoup de choses que je n’aime pas ici dans l’ensemble. Je m’attendais à une abondance de vin et de fromage. Sans vouloir établir de classes sociales, et ce n’est absolument pas ce que je vais dire, qu’on soit clair, mais aux Etats-Unis, on retrouverait davantage tout ça dans un diner relativement huppé. Pas comme ici où, peu importe l’endroit dans lequel on se rend, on te demande « tu veux boire du vin ? ». Et puis on dirait qu’il y a des milliers de fromages différents. J’en connaissais deux ou trois, et maintenant j’en connais cinquante mille. Sinon, à part la nourriture, il y a tellement de choses différentes d’un point de vue culturel que tu ne saurais même pas comment les décrire. Pays différent, langue différente, climat différent. Tiens, quand je suis arrivée ici (ndlr, Chelsea est là depuis février, et le printemps n’est pas toujours synonyme de soleil à Montauban) il pleuvait tout le temps, et je me suis dit « mais dans quoi je me suis embarquée ? ». Il ne pleut jamais au Texas, et il fait toujours, toujours chaud.

LG : Oui, pour Noël vous faites un barbecue.

CS : Oui et peut-être qu’il va neiger une fois par an, mais jamais plus que ça. Mais c’est bizarre, et les gens diront « c’est quoi ce truc blanc au sol ? ». 

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La ville de Montauban

LG : Puisqu’on parle du Texas, venons-en à tes débuts là-bas. Comment as-tu commencé à jouer au soccer ? Et pourquoi le soccer ? 

CS : J’ai commencé le soccer là où j’ai grandi, à Crowley, au Texas. J’ai commencé grâce à mon grand frère qui avait débuté à trois ans. J’ai donc commencé quand j’avais six ans, et de l’avoir vu jouer pendant quelques années, ça me paraissait fun. J’ai dû supplier mes parents pour pouvoir en faire, d’autant que j’étais maigre comme un bâton. Du coup ils me disaient « mais non tu n’aimeras pas le soccer, on va plutôt t’inscrire à la danse ou quelque chose comme ça », pour pas que je finisse blessée. Et à force de leur demander ils ont fini par être d’accord et m’ont dit « ok, on va t’y inscrire et on verra comment ça se passe. » 

LG : Et donc tu aimais vraiment le soccer, ou c’est vraiment purement le fait de voir ton frère qui t’a fait accrocher ? 

CS : J’ai débuté grâce à lui mais le soccer a totalement pris le pas sur tout dans ma vie. Pendant des années je ne voulais même plus voir mes amis, ou faire quoique ce soit, je voulais juste taper dans le ballon contre le mur jusqu’à ce que mes parents en aient marre. 

LG : On peut donc imaginer qu’en grandissant, tu avais une équipe favorite, des idoles. Tu supportes quelle équipe ?

CS : Bon, ça va paraître ironique, et tout le monde se fiche de moi à chaque fois, mais j’ai grandi en regardant Chelsea, ne m’en veux pas.

LG : Juste à cause de ton prénom ?

CS : Oui à la base c’était vraiment pour le prénom mais j’ai suivi l’équipe, j’ai grandi avec des John Terry, Florent Malouda, Ashley Cole, Didier Drogba, Nicolas Anelka, et je pourrais ne pas m’arrêter. Je peux te dire que quand j’avais 9-10 ans, je pouvais prédire le XI de départ chaque week-end. C’était fou, une petite fille qui te parlait de l’effectif de Chelsea. Surtout aux Etats-Unis, parce que si en Europe j’ai l’impression que ça reste le sport numéro un, aux Etats-Unis c’est toujours le football, puis le baseball, basketball, etc… Donc oui il y a Chelsea, mais j’adore le PSG aussi, d’ailleurs mon joueur favori à l’heure actuelle est Kylian Mbappé. Mais si on parle de joueuse, je dirais Kristine Lilly qui était dans le staff lors de mon année freshman à Texas (la première année en université) où elle était assistante bénévole. C’était une super joueuse, un vrai modèle. 

LG : Parlons maintenant de l’équipe nationale. Lorsque tu as fait ton choix de représenter Haïti, et donc d’être inéligible pour l’USWNT (l’équipe nationale féminine des Etats-Unis), as-tu voulu profiter du fait que Haïti allait jouer plusieurs matches au Texas (les qualifications se déroulaient au BBVA Stadium de Houston), ou était-ce une véritable décision, une conviction, une volonté de représenter Haïti ?

CS : Mes parents sont haïtiens. Ils sont nés et ont passé une courte partie de leur enfance à Haïti, et leurs familles ont eu l’opportunité de déménager aux Etats-Unis. Toute ma famille est haïtienne et le sang haïtien coule dans mes veines, il s’est juste trouvé que je suis née aux Etats-Unis. Je sens en moi que je fais partie d’Haïti par mon héritage culturel. D’ailleurs, depuis un stage avec Haïti que j’avais fait avant de jouer en College Soccer, j’ai toujours eu envie de refaire partie du groupe donc je me suis rendue disponible. C’était un choix et c’est venu naturellement, pas uniquement pour faire une sélection et je suis motivée pour faire une longue carrière au sein de l’équipe nationale d’Haïti. 

LG : Tu es exclusivement anglophone, et l’équipe d’Haïti est très multiculturelle. Comment une équipe nationale, et son coach, font pour composer avec les barrières de la langue, les différences culturelles entre chaque joueuse, puisque certains membres de l’effectif sont originaires évidemment d’Haïti, mais d’autres aussi de France, du Canada, ou encore des Etats-Unis comme toi ?

CS : Je ne sais pas trop. C’est une situation intéressante dans laquelle je me suis embarquée. Tout ça prend beaucoup de patience de part et d’autre afin d’évoluer avec les barrières de la langue. J’ai bien l’intention d’essayer d’apprendre le français, puisque je suis venue ici et que ce n’est pas à moi d’imposer l’anglais dans une équipe qui parle français. Du coup, c’est le même principe que j’essaie d’appliquer avec les filles d’Haïti, qui parlent pour la plupart français et créole. C’est difficile, donc il faut faire avec la patience, Google Traduction, et essayer de tout faire fonctionner, c’est aussi simple que ça selon moi.

LG : C’est sans doute la bonne mentalité à avoir pour le collectif. Et quels sont tes objectifs avec Haïti, personnellement et collectivement ?

CS : Déjà pour moi c’est une autre opportunité de jouer au soccer, en plus du fait de représenter ma famille, mon sang, une population et d’être à la maison. D’un point de vue national, ça me donne une bonne visibilité de jouer contre des équipes comme l’USWNT ou le Costa Rica que j’ai affronté pendant la phase de qualification olympique CONCACAF. Aussi, ça me permet de transmettre cette expérience à d’autres équipes comme Montauban, puis de continuer à grandir en tant que joueuse. 

LG : D’ailleurs, il serait intéressant de savoir comment tu te décris en tant que joueuse.

CS : Je dirais que je suis avant tout une joueuse qui joue avec finesse. Je suis calme, un peu trop même selon mes coaches à mes débuts. Par exemple je dribblais avec la balle en étant dernier défenseur et si la moindre chose se passait mal, ça finissait en but. Deux joueuses me pressent, et juste comme ça, tac tac, je m’en sors pendant que mon coach fait une crise cardiaque. Donc oui c’est mon style de jeu depuis toujours, et on m’a souvent dit que mon calme pour un défenseur était quelque chose qui brillait beaucoup, c’est pour ça que je me considère aussi être calme, et je suis polyvalente puisque je suis à l’aise des deux pieds et que je peux jouer des rôles un peu plus offensifs, par exemple au milieu. 

LG : Quelles sont tes forces, tes faiblesses. Qu’aimerais-tu améliorer dans ton jeu ? Toi qui as fait de l’athlétisme, même si c’était « pour la forme » comme on évoquait avant l’interview (un sujet dont nous parlions au moment de la séance photos), tu jaugerais ta vitesse comment, par exemple ?

CS : Je ne me considère pas rapide parce qu’il y a plus rapide. En tant que compétitrice, je ne peux pas me considérer rapide avant d’être la plus rapide. Sinon je dirais mes qualités de « finesse » : la technique, le fait de pouvoir me sortir de moments de pression. En revanche, j’aimerais être meilleure dans le domaine aérien, mais je ne crois pas en l’idée de « faiblesse ». Je sais sur quoi je suis forte, et je sais en quoi je veux être meilleure.

LG : C’est une belle réponse, d’un point de vue personnel. A voir ce que d’autres penseraient à ce sujet.

CS : Je ne veux pas en faire un sujet sensible mais je veux dire par là que je préfère parler de « choses à améliorer » plutôt que de « faiblesses ».

LG : C’est ainsi qu’on a du succès. En prenant tout de manière positive, la vie sourira en retour. Le succès, comme celui de pouvoir fêter sa première sélection face à l’USWNT. D’ailleurs, ça fait quoi ?

CS : Je ne peux pas dire que j’étais aussi nerveuse qu’impatiente, parce que j’ai déjà eu affaire à des joueurs stars. Ce n’était pas la première fois que je rencontrais des joueuses comme Carli Lloyd, notamment par le fait que j’avais participé à une présaison des Chicago Red Stars en NWSL où j’ai rencontré Alyssa Naeher, Julie Ertz, Danielle Colaprico… Donc j’avais pu jouer face à ces joueuses qui sont de vraies déesses pour des filles plus jeunes qui rêvent de faire partie de l’USWNT un jour. Donc ce match face à l’USWNT était une expérience positive, incroyable, de pouvoir courir, se battre, le tout pendant 90 minutes, face aux meilleures des meilleures, les championnes du monde back to back. Tu apprends tant de cette expérience, même si le score était ce qu’il était, à savoir une défaite 4-0 mais avec un but qui nous a été injustement refusé, j’ai tant de choses qui m’ont été apportées par ce match-là.

LG : Et tout ça s’est fait au Texas. C’était sans doute incroyable de débuter avec fierté sous le maillot haïtien, le tout en étant à la maison, là où tu as grandi. Le meilleur des deux mondes en quelque sorte ?

CS : Pour sa première, le fait d’avoir ses amis et sa famille au stade, oui c’était vraiment le meilleur des deux mondes. Je pouvais porter l’écusson d’Haïti sur mon torse, et jouer contre la meilleure équipe du monde. C’était incroyable, que ça ait marché ainsi. Comme je disais au sujet du timing dans la vie (avant l’interview, nous parlions du fait que la vie pouvait amener des choses auxquelles il est pourtant impossible de s’attendre), comme par hasard il a fallu que ce soit à Houston, au Texas, à juste 5h de ma maison, c’est fou.

LG : Et on voit aussi l’immensité du Texas et des Etats-Unis quand tu estimes que Houston est proche de chez toi, étant pourtant à 5h de route.

CS : Oh oui, le Texas est gigantesque, tout est plus grand au Texas. 

LG : Revenons-en à Montauban. Tu as rejoint un effectif qui est dans l’ensemble très jeune, mais qui sort de sa meilleure saison, en finissant 5e, à un point de la 2e place. En D2F, c’est uniquement le premier qui monte en D1. On peut donc comprendre que l’objectif est donc de monter.

CS : Je crois que notre objectif est de monter en D1 dès cette année. On a une équipe avec des joueuses de tout âge, mais avec en effet beaucoup plus de jeunes. On ne construit pas un projet en se basant seulement sur le fait de finir deuxième. Mais je trouve qu’avec une équipe qui a réussi à faire un nul face à Bordeaux en Coupe (1-1,  défaite 4-2 aux tirs au but pour le MFC) qui est une équipe confortablement installée dans le haut du classement en D1, et le fait d’avoir fini 5e, à un rien du haut de classement, ça rend la saison prochaine assez excitante avec cet objectif. Maintenant on a des résultats à faire. 

LG : D’autant que ça sera la première saison de ta carrière au sein d’un club, d’une équipe senior. 

CS : Je n’ai jamais joué en club, ou pour une équipe depuis que je suis sortie du College Soccer.

LG : Qu’attends-tu de cette première saison ? Dans l’autre sens, tu apportes quoi à l’équipe selon toi ? Par exemple, il y a beaucoup de jeunes joueuses, donc tu penses apporter de l’expérience ? Ou encore, venant d’où tu viens, une vision, une mentalité différente niveau soccer ?

CS : Oui bien sûr, j’amène à moi seule le fait d’avoir été forgée dans le système US. On croit profondément en une vision du jeu physique, une bonne condition, des trucs de ce genre. Je ne dis pas que c’est quelque chose qu’on ne retrouve pas ici, mais c’est quelque chose que tu entends toujours de la part des commentateurs : « l’USWNT joue si physique, bla-bla-bla… ». Ce n’est pas mon avis, c’est quelque chose que tu entends tout le temps. Donc j’amène ça, le fait d’être internationale haïtienne, le fait d’avoir été athlète universitaire aux Etats-Unis… J’ai vu un peu à quoi ressemblait le système de sport universitaire ici, et il est, disons, différent. Ce que je veux dire, c’est qu’on s’entrainait tous les jours, on avait deux matches par semaine, constamment, d’août à décembre. Donc oui, apporter cette expérience personnelle qui est différente, puis tout simplement je voudrais apporter quelque chose au club à n’importe quel niveau. Que ce soit de la visibilité grâce à cette interview, c’est une des petites contributions, ou d’autres plus grandes lorsque je suis sur le terrain, où je peux aider mes coéquipières, et être la meilleure joueuse qui puisse nous aider à monter en D1.

LG : Finissons sur ce sujet. Tu as donc passé quelques mois aux Raging Cajuns, à UL (University of Louisiana) avec ton ancien coach et mentor, Lance Key qui t’avait donc proposé de faire partie de son staff alors que tu n’avais que 22 ans, en fin d’année dernière. Est-ce que c’était un premier pas dans une carrière de coach ou tu t’es juste dit « oui je connais bien ce gars, il m’a proposé ça donc pourquoi pas ? »

CS : Tous les joueurs, joueuses, ne sont pas faits pour devenir entraîneurs. Et je n’étais pas forcément une mauvaise ou une bonne coach, mais je ne me vois pas être coach après ma carrière de joueuse. C’est ce que je pense maintenant en tous cas, qui sait… Qui sait ? Mais je ne me vois pas devenir coach pour le reste de ma vie. 

LG : Ton passage là-bas était court, mais comment ça s’est passé ? Bien ?

CS : Oh oui mais c’était comme si tu étais lancée dans le feu sans brûler (ndlr, le fait d’être assistant coach). Le plus gros changement pour moi c’était de ne pas être la joueuse, que lorsque le match commençait, je n’avais pas mes crampons. Une fois que j’y suis allé, il y avait une communauté si géniale qui m’a aidée à m’adapter, m’installer et m’acclimater à la vie à Lafayette (là où se situe l’université). J’aidais les filles à comprendre, à être une sorte de portrait direct de ce qu’elles pourraient être : « tu peux avoir une carrière après le College Soccer, tu dois faire ci ou ça, et tu dois être super investie et disciplinée ». Le fait que j’avais leur âge, ou plus ou moins, et de leur dire que j’avais vécu la même expérience, que je faisais de la musculation à 6h du matin, que le mardi j’avais les séances de physique, etc… Maintenant, pour ce qui est purement de l’expérience de coach avec Lance, ça m’a permis d’ouvrir les yeux, de voir « de l’autre côté », et les petits détails des entrainements. Si j’avais pu savoir tout ça lorsque j’étais au College, j’aurais été une meilleure joueuse. Je me disais « les coaches pensent à ça ? Je ne savais pas ». Ou « tiens elle n’avait pas l’air bien mardi, peut-être que je devrais l’appeler pour qu’on se voit et qu’elle puisse adopter le bon état d’esprit pour la suite ». Des trucs comme ça, intéressants à savoir. Dans l’ensemble, c’était vraiment une expérience positive, et même si ça n’a duré que cinq mois, et que ça m’a paru très court, j’ai tout adoré de mon passage là-bas. 

LG : Et justement, par rapport à ce que tu disais, de retour sur le terrain, elle te servira concrètement à quoi cette expérience de coach ? 

CS : Comme je disais, j’ai réalisé à quel point les coaches étaient focalisés sur le comportement. Par exemple, à l’entraînement, ça ne va pas bien et tu es frustrée, ça peut jouer sur ta présence dans le XI de départ. Le coach peut se dire « elle avait la tête ailleurs cette semaine, je n’ai senti aucune connexion avec elle. Elle a un souci avec sa famille ? Avec ses notes… Qui sait ? ». Au final je pense que ça se réduit à la positivité et à l’éthique dans le travail. Je pense que si les deux ne sont pas là, ça devient une devinette pour le coach. C’est quelque chose qui a beaucoup de valeur pour moi à savoir, non pas que j’ai des soucis comportementaux, mais je sais que je peux aller voir ma coéquipière, parce que je sais que j’ai besoin d’elle « pour le match dimanche », alors qu’à ce moment même on dirait qu’elle n’a pas envie d’être là. 

LG : Pour conclure, as-tu quelque chose à ajouter, un message à faire passer, quelque chose à dire ? Peu importe quoi, les prochains instants t’appartiennent.

CS : Je n’ai pas grand-chose à dire, si ce n’est que je ne pourrais jamais suffisamment remercier certaines personnes qui ont été là à chaque moment, bon ou mauvais, pour moi. J’aimerais remercier un millier de personnes, qui se reconnaitront : des coaches, des mentors, des personnes à qui j’envoie des messages pour me confier, encourager, des personnes qui se sont investies pour moi, et qui me connaissent en tant que joueuse et personne. Mes parents, ma famille, mes amis, qui me manquent, et que je reverrai peut-être un jour quand le Covid-19 se décidera à arrêter de ruiner la vie de tout le monde ! Non, mais vraiment, merci à toutes ces personnes dont je parle, qui sont dans mon cœur, et elles sauront se reconnaître. Et évidemment merci à toi aussi. 

(Nous avons ensuite négocié qui devait remercier l’autre davantage, le gagnant n’est toujours pas établi, alors nous vous laisserons libres d’en juger.)

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Lucas Gibert et Chelsea Surpris pendant l’entretien

Et un grand remerciement bien entendu au Montauban FC pour sa réactivité, son accueil et son ouverture qui, par expérience, a fait ressentir un état d’esprit similaire à de nombreux clubs professionnels Nord-Américains, tout au long de notre collaboration. Nul doute, donc, que Chelsea Surpris s’y sentira comme à la maison.

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