Jonathan David, un Canadien à Pierre Mauroy

Photo de couverture par Le Petit Lillois.

David1

Fiche d’identité

Nom : Jonathan David
Club : Lille
Poste : Milieu offensif (Faux numéro 9)
International : Canada (12 sélections)
Taille : 1m77
Pied : Ambidextre
Âge : 20 ans (14.01.2000)

Fin juillet, après plusieurs semaines de négociations, Naples lâche près de 80 millions d’euros (avec bonus) pour s’attacher les services de Victor Osimhen. Le buteur lillois, vainqueur du mondial U-17 en 2015 avec le Nigéria, quitte l’Hexagone après seulement une (demi) saison. Débarqué à Lille un été plus tôt, en provenance de Charleroi pour une somme avoisinant les 12 millions d’euros, le natif de Lagos permet au LOSC de faire une plus-value gigantesque. Inquiétude du côté des supporters. Qui pour succéder au serial-buteur nigérian ?

En coulisses, les cellules de recrutement du club travaillent déjà depuis des mois sur le profil de Jonathan David. L’homme aux deux prénoms, jeune Canadien né à Brooklyn, est inconnu (ou presque) du grand public français. À tout juste 20 ans, il vient d’éclabousser de son talent la Jupiler Pro League belge. 18 buts et 8 passes décisives en 27 matchs pour le milieu offensif, international canadien.

Le 11 août dernier, pour un montant record de 32 millions d’euros (bonus compris), le gamin d’Ottawa devient la recrue la plus chère de l’histoire du LOSC. Présentation.

UEFA Europa League"KAA Gent v AS Roma"
Photo via Goal.com

De Brooklyn à la Belgique

Né à Brooklyn (New York) le 14 janvier 2000, David grandit pourtant à Port-au-Prince (Haïti) jusqu’à ses 6 ans, âge auquel les parents du futur prodige décident de retourner en Amérique du Nord. Au Canada cette fois et plus précisément à Ottawa. C’est au sein de la capitale canadienne que le gamin va véritablement taper dans un ballon pour la première fois. Et l’ascension est fulgurante. En 2010, alors âgé de 10 ans, il découvre le soccer avec la Gloucester Dragons Soccer Academy. Une courte expérience d’un an à peine avant de rejoindre le club d’Ottawa Gloucester, jusqu’en 2015. David a alors presque 16 ans, et commence à attirer l’attention en Amérique du Nord. Mais son rêve est de jouer en Europe et pas en MLS. La même année, il rejoint le club des Ottawa Internationals et est découvert par Nick Mavromaras, qui deviendra son agent. Les vidéos de ses prestations intéressent plusieurs clubs européens, et, entre 2016 et 2017, il découvre l’Europe à l’occasion d’essais effectués avec plusieurs de ses courtisans. Si le Red Bull Salzburg et Stuttgart, notamment, ne donnent pas suite – et aujourd’hui, nous pouvons parier qu’ils le regrettent – un club belge saute sur l’occasion. Après avoir visionné des vidéos envoyées par son agent, La Gantoise fait passer un essai au Canadien. En 2017, il signe un pré-contrat avec les Buffalos et rejoint la Belgique en janvier 2018.

Une intégration réussie 

S’il ne dispute aucune rencontre avec l’équipe première lors de ses premiers mois – il évoluera à six reprises avec l’équipe réserve du club belge – c’est lors de la saison 2018-2019 que Jonathan David va se rendre indispensable à Gent. Pour sa première apparition, le 4 août 2018, il joue 19 minutes et inscrit le but égalisateur contre Zulte-Waregem, au bout du temps additionnel. Cinq jours plus tard, il entre en jeu lors d’un match de qualification à l’Europa League contre le Jagiellonia Bialystok (Pologne) : un nouveau but, qui offre la victoire (0-1) aux siens. Trois jours plus tard, il dispute seulement 23 minutes contre Waasland-Beveren : 3 tirs, 2 buts. En 69 minutes réparties sur ces trois rencontres, le tout jeune buteur canadien a déjà marqué à quatre reprises. Le 16 août, il dispute 17 minutes lors du match retour face à Bialystok et son seul tir est à nouveau au fond. Le public de la Ghelamco Arena est sous le charme.

À 18 ans seulement, la première saison européenne du prodige nord-américain va être une réussite. En championnat, il s’impose rapidement comme un titulaire quasi-indiscutable et prendra part à 33 rencontres avec Gent, pour un total de 12 buts et 2 passes décisives. Buteur de formation, il sera repositionné dans un rôle de milieu offensif par l’entraîneur danois Jess Thorup, débarqué au club à l’automne 2018.

Un choix plus que judicieux, tant la capacité du joueur à faire se sublimer ses partenaires est certaine. À l’aise dans un rôle de buteur, il va véritablement exploser en tant que meneur. Pour sa première saison pleine, il culmine à 80 % de passes réussies en championnat (82 % toutes compétitions confondues). En septembre 2018, il effectue ses débuts en sélection. Titulaire d’un double-passeport (États-Unis et Canada), il choisit de rejoindre les Canucks. À l’été 2019, il fait partie du groupe canadien présent pour disputer la Gold Cup. Si les résultats du Canada sont décevants, avec notamment deux défaites contre le Mexique (3-1) et Haïti (3-2), les statistiques personnelles du joueur sont à la hauteur de son potentiel. En 4 matchs, il inscrit 6 buts et délivre 2 passes décisives. Après Alphonso Davies, le Canada se découvre un second talent brut.

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Jonathan David et Alphonso Davies (via Sports Business Mag)

Un diamant polyvalent

Les observateurs sont unanimes à son sujet : David est une pépite. Surveillé de près en Europe la saison dernière (Lyon, l’Ajax ou Leeds auraient bien voulu l’attirer), c’est finalement du côté de Lille qu’il a décidé de franchir un nouveau palier. Une décision intelligente de sa part, et surtout un énorme coup pour les Dogues, qui attirent là un joueur polyvalent, ayant encore une grande marge de progression. Ce qui nous frappe chez lui, c’est probablement sa capacité à évoluer à pratiquement tous les postes de l’attaque. Buteur, faux numéro neuf ou meneur de jeu, le Canadien a plusieurs flèches à son arc. Sa capacité de déplacement fait de lui un joueur imprévisible, à même de transpercer les lignes adverses en servant souvent de point d’appui, aux ailiers notamment. Voir même en étant au départ ou à la finition des actions, profitant de sa lourde frappe de balle pour crucifier le gardien adverse. Saint-Étienne s’en souvient encore.

Son éventail technique, pour un joueur de ce gabarit (presque 1m80), est bluffant. La première touche de balle est dévastatrice. Il possède également une belle vitesse, avec ou sans le ballon, et le joueur chargé de son marquage se retrouve rapidement dépassé si David accélère. Il aime porter le ballon sur 10 ou 15 mètres, le temps de deux ou trois touches de balles au maximum, avant de se servir de sa vision du jeu pour envoyer un ailier dans la profondeur. Avec 81,6 % de passes réussies en moyenne depuis le début de sa carrière, le néo-Lillois est un pourvoyeur de ballons exceptionnel. S’il a encore un peu plus de mal sur les passes longues latérales (53 % de réussite à cet exercice l’an dernier), c’est dans les petits espaces entre les lignes qu’il est le meilleur.

Droitier, il possède néanmoins un pied gauche efficace et aime alterner les tentatives de tirs des deux pieds. En 2019-2020, il a tiré aux buts à 65 reprises en Jupiler Pro League, pour un total de 53,8 % de tirs cadrés, et 18 buts. Joueur agressif sur l’homme, il a effectué 103 récupérations de balle l’an dernier, dont près de 65 % dans la partie de terrain adverse.

Alors, quels axes d’améliorations pour lui ? De ce qu’il a pu démontrer jusqu’à présent, il doit encore progresser sur son jeu de tête et son apport défensif. En moyenne, la saison dernière, il n’a remporté que 22 % de ses duels aériens. C’est peut-être le plus gros point faible du Canadien, qui n’a, par exemple, inscrit que quatre buts de la tête depuis le début de sa carrière, contre 11 du pied gauche et 34 du droit. À relativiser néanmoins, puisqu’il évolue maintenant davantage dans une position de meneur que dans celle d’un buteur pur. Cependant, même en tant que milieu offensif, le jeune international canadien reste encore trop souvent attiré par les buts, au détriment de sa contribution défensive parfois.

À 20 ans seulement, la route est encore longue pour le gamin de Brooklyn. La Ligue 1 et le LOSC seront surement son dernier arrêt avant de rejoindre une grosse écurie européenne, probablement du côté de l’Angleterre. À suivre avec attention cette saison.

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