Kaila Novak, Brandon Cambridge, Jacen Russel-Rowe: l’avenir du Canada dans les mains du College Soccer

Le Canada fait maintenant partie intégrante de la vie du soccer universitaire américain. D’année en année, le nombre de canadiens augmente au point où la plupart des programmes universitaires en accueille au moins un, si ce n’est plus. Selon la NCAA, plus de 350 canadiens ont évolué au sein de l’élite du soccer universitaire féminin en 2017 contre 160 pour les hommes La manière dont le voisin nord-américain développe ses athlètes est appréciée par les entraîneurs américains de soccer. La domination de Christine Sinclair sur le soccer universitaire féminin dans les années 2000, et sa carrière professionnelle, ont permis d’ouvrir de nouvelles voies à plusieurs de ses jeunes compatriotes. Grâce à la renommée mondiale qu’a acquis la NCAA dans cette discipline, les joueuses canadiennes sont une belle vitrine pour les écoles d’être, si elles découvrent la perle rare, représentées sur la scène internationale que ce soit en équipes de jeunes ou même au sein de l’équipe première. Acquérir de tels talents leur permet, aussi, de continuer à être un modèle de référence dans le développement des athlètes et d’accroître un peu plus leur notoriété auprès des clubs professionnels et semi-professionnels. Très récemment, Jessie Fleming a signé un contrat pro à Chelsea en première division anglaise. Elle jouait dans le très prestigieux programme de UCLA, membre de la meilleure conférence du pays; la PAC-12.

Chez les hommes, grâce à l’implantation de la Major League Soccer et de l’USL au Canada, de nouveaux horizons ont commencé à s’ouvrir. Mais le réel changement a eu lieu quand la Première Ligue Canadienne (CanPL) est née, en 2019. Depuis ce jour, on observe de plus en plus de talents canadiens rejoindre les rangs de la ligue universitaire américaine. Un exemple récent est le milieu de terrain Charles Auguste qui a rejoint Creighton University, en 2019, alors qu’il était joueur universitaire au Canada. Charles Auguste s’est rapidement affirmé comme un joueur majeur de Creighton. Le programme de l’université est renommé sur la scène nationale ce qui pourrait prochainement propulser Charles Auguste vers le monde professionnel. 

D’autres joueurs, avant lui, ont réussi à percer dans les rangs professionnels tels que Ryan Raposo (Vancouver Whitecaps) ou encore Alistair Johnston (Nashville SC). Aller aux États-Unis peut ouvrir les portes du monde professionnel aux joueurs canadiens, une option qui offre plus d’avantages que de rester dans un programme universitaire du pays. Sportivement, le niveau est globalement plus relevé pour continuer leur progression. Ensuite, ils peuvent obtenir une bourse complète ce que les ligues universitaires canadiennes n’offrent pas. Enfin, ils n’ont pas besoin de passer par le processus de Draft pour aller en CanPL. Marcel Zajac, actuellement joueur du Forge FC, est l’un de ces joueurs ayant connu une telle trajectoire. Il a joué pour les Zips d’Akron de 2016 à 2018 et a décidé de ne pas effectuer sa dernière année afin de signer professionnel.

En 2020, une nouvelle classe fait son entrée et certains de ces joueurs pourraient représenter l’avenir de l’Unifolié. Leur réussite est maintenant entre les mains du College Soccer.

(Source : Twitter @uclawsoccer)

Kaila Novak, University of California at Los Angeles (UCLA) :

Internationale des moins de 20 ans de l’équipe du Canada, Kaila Novak rejoint l’université de UCLA. Âgée de 18 ans, elle évolue sur le flanc gauche au poste d’ailière et son pied fort est le gauche. Elle sera sous la tutelle d’Amanda Cromwell, en charge de l’équipe depuis 2013, dans une équipe qui est une des têtes d’affiche du championnat. Dès son arrivée, Amanda Cromwell a remporté le titre national féminin avec les Bruins de UCLA. Par la suite, elle a connu une finale en 2017 ainsi qu’une participation à la College Cup de 2019. Elle met un un vrai accent sur la qualité technique, privilégiant un jeu de passes courtes avec très peu de touches de balle, de la verticalité, une intelligence tactique, des relances de qualité et une maîtrise du milieu de terrain et de la possession. Le seul défaut que l’on peut vraiment noter concerne l’attaque lors des moments clés de la saison. Elle n’arrive toujours pas à franchir cette étape qui permettrait à UCLA de s’établir comme LE programme le plus redouté du pays. 

Malgré ce défaut, aller à UCLA est de bon augure pour le développement de Kaila Novak. Va-t-elle vraiment réussir à s’imposer ? Par rapport à son profil, elle devrait parfaitement s’inscrire dans le jeu d’Amanda Cromwell. Ses points forts se traduisent par une certaine aisance avec le ballon et une belle lecture des passes. Dans l’ère actuelle de ce sport, vous devez savoir quelle course prendre balle au pied. Contrairement à ce qui peut être pensé, bon nombre de joueurs se font éliminer par une course balle au pied et non par un dribble. C’est un des domaines dans lequel excelle la superstar mondiale du FC Barcelone, Lionel Messi. C’est une arme bien plus redoutable car une trajectoire de course bien pensée peut déséquilibrer toute une défense en trois points :

– l’attaquant prend son défenseur à contre-pied sur un changement de direction, ce qui rompt en partie, ou totalement, la structure défensive adverse;
– intervenir sur un joueur qui dévore les espaces, c’est prendre le risque de se faire sanctionner au plus près de son but. Toute intervention n’étant pas propre sera jugée illicite par l’arbitre puisqu’il y a une opportunité de but. Il est plus difficile de défendre sur un joueur en mouvement qu’un joueur à l’arrêt
– si le défenseur n’intervient pas, ou rate son intervention, l’attaquant focalise alors l’attention d’un plus grand nombre de défenseurs adverses autour d’un seul et même joueur, provoquant alors une rupture par rapport à leur marquage initial. Des espaces peuvent alors se libérer.  

Le jeu de Kaila Novak se démarque aussi sur cet aspect et c’est, peut-être, l’élément qui manque à Amanda Cromwell pour que UCLA puisse enfin rivaliser contre Stanford. Il va être intéressant d’observer comment elle va retranscrire ses qualités dans une équipe jouant le titre national chaque année et plus particulièrement dans la PAC-12. Au sein de la Conférence, le jeu est plus rapide, plus technique, plus physique, plus tactique et plus intelligent que ce qu’elle a pu connaître. À cela, il faut ajouter que les infrastructures sont de niveau mondial et que de nombreuses joueuses évoluent, ou ont évolué, au niveau international. Il n’y a pas meilleure que la PAC-12 en termes de niveau dans le soccer universitaire féminin.  On peut même le considérer comme meilleur que la NWSL sur certains plans. Il serait logique que Kaila Novak ait besoin d’une période d’adaptation pour s’habituer aux exigence de la Conférence. Ce qui peut être à son profit, c’est qu’elle est arrivée en janvier 2020 à UCLA et, avec la saison repoussée au printemps à cause de la crise de la Covid-19, elle obtient tout le temps nécessaire pour se mettre à niveau. Il est possible de croire qu’elle aura un rôle dans l’effectif dès sa première saison, voir d’être titulaire, et de marcher ainsi sur les traces de Jessie Fleming.

(Source : Vancouver Whitecaps)

Brandon Cambridge, University of Portland :

Parmi tous les nouveaux canadiens à suivre, Brandon Cambridge apporte son lot de curiosité. Le joueur nous vient tout droit l’académie des Whitecaps de Vancouver. Gaucher, il peut évoluer tant ailier droit qu’attaquant, selon le schéma tactique mis en place. Il cadre parfaitement avec la philosophie de Nick Carlin-Voigt qui a pris les rennes du programme de Portland en 2016. L’entraîneur américain a toujours su recruter des joueurs qui se démarquent dans le paysage du soccer universitaire tels que Rey Ortiz, Benji Michel, Jake Arteaga ou encore Jacobo Reyes, tous ayant évolué sous ses ordres. Brandon Cambridge sera-t-il, lui aussi, dans cette lignée ? Peut-il être l’Alphonso Davies du College Soccer ? Selon Nick Carlin-Voigt, Brandon Cambridge a le potentiel pour avoir un impact immédiat et, éventuellement, pour prétendre à un poste de titulaire rapidement. En effet, il y a de fortes raisons de croire que cette place lui est promise. Les deux postes sur les ailes sont libres à ce jour, ce qui donne l’avantage au Canadien de pouvoir s’imposer à sa position favorite. 

Cambridge est capable de prouesses techniques avec son pied gauche. Elles lui permettent d’éliminer son défenseur avec fulgurance pour s’ouvrir l’espace soit pour marquer, soit pour délivrer une passe, ou encore pour déséquilibrer le bloc défensif adverse.

View this post on Instagram

⚽️🤓…

A post shared by Akeil Omari Brandon Cambridge (@brandoncambridgee) on

Il maîtrise très bien son pied droit ce qui le rend dangereux peu importe sa position sur le terrain. De plus, il ne semble pas avoir de pied faible à proprement parler. Dans une opposition contre les U17 de l’académie du Real Salt Lake, sur sa première incursion, il élimine avec facilité son défenseur pour finir sur son pied droit dans un angle qui semble fermé.

On retrouve ce type d’enchaînement dans plusieurs faits marquants qu’il partage sur son compte Instagram. Ceci témoigne que sa réussite n’est pas laissée au hasard. Sa maîtrise des deux pieds en fait un joueur imprévisible et le rend dangereux où qu’il se trouve sur le terrain..

Dans son couloir, le Canadien va bénéficier de l’apport de l’international américain U20 Kevin Bonilla, au poste de latéral droit. Le joueur est pressenti comme un futur “homegrown” de l’effectif principal du FC Dallas. Cette association sera à suivre particulièrement, car elle va être une étape importante dans sa transition vers le monde professionnel. Si elle se confirme comme prolifique, il fera assurément le saut vers l’échelon supérieur. À l’Université de Portland, il sera entouré d’un groupe de joueurs aguerris et extrêmement fourni en qualité. Après quatre années sous Nick Carlin-Voigt, le processus de reconstruction est enfin terminé et un nouvel objectif apparaît. C’est le titre national que cherche à atteindre cette équipe et ce, dès maintenant. Brandon Cambridge va évoluer dans un environnement compétitif, soutenu par la meilleure atmosphère du pays (si la COVID-19 le permet), et ainsi continuer son développement. Peut-il signer un contrat “homegrown” avec son club formateur des Whitecaps de Vancouver après une seule saison universitaire ? Seul l’avenir nous le dira mais Carlin-Voigt a le don de mettre ses joueurs offensifs dans les meilleurs conditions, afin d’exprimer leur plein potentiel, et ce détail peut tout changer dans le succès du Canadien.

Rendez-vous au printemps pour suivre l’aventure de Brandon Cambridge avec son équipe de Portland.

(Source : umterps.com)

Jacen Russell-Rowe, University of Maryland :

Sasho Cirovski a réalisé un incroyable coup en s’attirant les services de Jacen Russell-Rowe, qui a participé à la Coupe du Monde U17 au Brésil avec le Canada. Russell-Rowe est un buteur venant de l’académie du Toronto FC, qui a marqué 37 buts en 25 rencontres dans le US Soccer Development Academy avant sa suppression.

Le programme de soccer de Maryland est extrêmement réputé dans le pays avec quatre titres nationaux, dont le dernier a été remporté en 2018. Dirigé depuis environ vingt ans par Sasho Cirovski, de nombreux joueurs professionnels sont passés par ce programme. Le nom qui revient le plus souvent est celui du gardien de l’USMNT, Zach Steffen, passé par le programme de 2013 à 2014. Sasho Cirovski a fait de Maryland une référence dans le développement des joueurs tout en créant un gros engouement autour de l’équipe. Maryland possède un programme avec l’une des meilleures affluences du pays, avec des pics dépassant très régulièrement les 5000 fans le week-end, et pouvant aller jusqu’à 8500 lors des grosses affiches.

Jacen Russell-Rowe va connaître des conditions de match qui s’apparentent de très près au monde professionnel. C’est une opportunité que très peu de joueurs universitaires ont la chance de connaître. Mais le verra-t-on jouer sous les couleurs des Terps de Maryland dès sa première saison ? La philosophie de jeu de l’entraîneur se concentre sur les couloirs depuis qu’il a mis fin à son 4-4-2 en losange, il y a maintenant trois ans, afin de jouer avec une seule pointe. Pour cela, l’attaquant de pointe se doit d’être un joueur mobile qui puisse faire la différence lui-même. Ceci explique pourquoi Sebastien Elney n’a dépassé qu’une seule fois la barre des quatre buts durant ses quatre saisons à Maryland, alors qu’il était un titulaire indiscutable. Sur base de ces critères-là, Jacen Russell-Rowe semble être le candidat parfait dans ce rôle

Malgré tout, il y a plus de chances de le voir sortir du banc que d’être titulaire, du moins pour commencer. Suite à la crise de la COVID-19, la NCAA a décidé d’ajouter, sans distinction, une année supplémentaire d’éligibilité aux joueurs de Division I, qu’ils jouent ou non pendant l’année académique. Le poste de numéro 9 est déjà pris par un Senior, c’est-à-dire un étudiant-athlète dans sa dernière saison universitaire, mais suite à cette décision de la NCAA, il pourrait rester une saison de plus. Cette situation est probable car Sasho Cirovski  possède un groupe de joueurs qui n’a jamais été aussi fort offensivement dans l’histoire du programme et, dans sa quête du titre national, il serait logique de garder ses meilleurs éléments en place. Mais, il est aussi possible que Cirovski revienne à un 4-4-2 en losange, ce qui permettrait alors à Jacen Russell-Rowe d’obtenir une place de titulaire. Cependant, le retour de Paul Bin (attaquant prolifique qui revient d’une longue blessure) est également à prendre en compte. Heureusement, rien n’est figé avec l’entraîneur de Maryland, il sait offrir des opportunités à ses jeunes joueurs s’ils le méritent. Dans une interview que Sasho Cirovski a donné à Soccer America, il explique qu’il compte jouer le plus possible de matchs d’entraînement. Jacen Russell-Rowe aura donc de nombreuses opportunités afin de prouver à son coach qu’il est l’option numéro un au poste d’avant-centre au sein de cette armada offensive.

Ci-dessous, un aperçu de l’environnement dans lequel il évoluera. 

Le Canada n’a pas à rougir au niveau de la formation de ses jeunes joueurs par rapport aux États-Unis. Ces dernières années, la formation canadienne s’est distinguée de manière admirable et semble plus prometteuse que jamais. Il est maintenant temps de montrer que le Canada n’est plus une petite nation à l’échelle du soccer mondial mais une nation en émergence. Kaila Novak, Brandon Cambridge ainsi que Jacen Russell-Rowe seront très probablement des protagonistes dans la quête aux succès potentiels des Canucks.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s