L’essor des Québécois en Première Ligue Canadienne

Cet article a été écrit par Jérémy Trudelle, fan inconditionnel de tout ce qui se fait en football au Canada.

Du 13 août au 19 septembre, les huit clubs de la Première Ligue Canadienne (CanPL) se sont retrouvés sur l’Île-du-Prince-Édouard afin de couronner un champion pour la saison 2020. Au terme de la compétition, c’est le Forge FC de Hamilton (Ontario) qui a remporté la compétition, conservant ainsi son titre de champion acquis l’an dernier. Mais un aspect de ce tournoi a été particulièrement intéressant ; la montée en puissance des Québécois présents dans le circuit. Malgré l’absence de club au Québec, le talent issu de la province a su s’exporter dans toutes les équipes de la ligue, dans certaines plus que d’autres tout de même. Pour tous les adeptes du foot québécois, cet article résume les performances de tous les représentants de la ‘Belle Province’. 

David Choinière (Via Chant Photography CPL)

Forge FC

Les champions en titre de la CanPL ont connu un excellent tournoi. Six victoires, quatre matchs nuls et une seule défaite. En plus des résultats, ils ont proposé un assez beau football. En bref, ils sont les gagnants logiques et méritants de cette édition.

David Choinière : L’ancien de l’Impact de Montréal a connu un assez bon tournoi. Titulaire à six reprises, il est aussi entré en jeu dans tous les matchs où il a débuté sur le banc. Ses qualités techniques sont évidentes et sa capacité à éliminer un adversaire en un contre un l’a clairement fait sortir du lot. Plus souvent utilisé à droite, son rôle était principalement de fournir l’attaquant de pointe ou les milieux de terrain en bons ballons dans la surface. Avec un but et une passe décisive, ses prestations ont été satisfaisantes, même s’il a apporté beaucoup plus que ce que les statistiques démontrent.

Maxime Tissot : Utilisé de façon plus sporadique que Choinière, il a tout de même foulé la pelouse lors de chaque match, ce qui est déjà impressionnant vu la terrible blessure qu’il a subie il y a environ un an.  Côté responsabilités, le coach l’a utilisé à bien des sauces que ce soit à sa position préférentielle de latéral gauche, plus haut sur l’aile gauche en tant qu’ailier et même au centre du terrain le temps d’un match. Ses performances ont été bonnes, sans être transcendantes. Son professionnalisme et son expérience ont beaucoup aidé Forge à conserver ses avantages au score, surtout en fin de match. On retiendra également quelques coups de pieds arrêtés assez bien frappés et, évidemment, le but qui met le dernier clou dans le cercueil d’Halifax en finale.

Gabriel Wiethaeuper-Balbinotti : Un ancien de l’académie de l’Impact au parcours rocambolesque. Passé par le défunt Ottawa Fury, le FC Lanaudière et auteur d’une excellente saison avec l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) qu’il a mené jusqu’au Championnat universitaire canadien, il disputait ses premières minutes en CanPL dans ce tournoi. Il a joué 200 minutes en cinq matchs, il a démontré de belles qualités en pivot, techniquement très propre et il a su amener le danger dans la surface adverse. De petites lacunes au niveau du volume de jeu et dans la capacité à répéter les efforts, ce qui lui a peut-être coûté quelques minutes de jeu.

Jems Geffrard (Via Chant Photography CPL)

HFX Wanderers FC

L’équipe Cendrillon! Personne ne les attendait à ce niveau (outre l’humble auteur de cet article), mais ils ont su jouer sur leurs forces pour aller chercher des résultats et ce, même dans des contextes compliqués. En somme, des finalistes inattendus, mais qui ont mérité leur place.

Jason Beaulieu : Tournoi à oublier pour le gardien. Titulaire lors des trois premiers matchs, il offre des performances plutôt décevantes. Moyen sur sa ligne, pas très à l’aise balle au pied et manquant de leadership dans sa surface, il est logiquement remplacé en cours de match durant la troisième rencontre disputée par Halifax. Il a commis plusieurs bourdes coûteuses et a encaissé 10 buts en moins de quatre matchs. Par la suite, il est sur le banc pour tous les autres matchs, sauf lors de celui du premier tour durant lequel Halifax fait énormément tourner et où il prend cinq buts. Il va falloir qu’il se ressaisisse s’il veut du temps de jeu la saison prochaine.

Jems Geffrard : Un des tauliers de la défense, l’international haïtien originaire de Montréal joue pratiquement tous les matchs de son équipe (excepté une mi-temps dans une rencontre sans enjeu lors de laquelle Halifax a fait tourner son effectif). Il a dominé physiquement ses adversaires dans presque tous les duels. Il a été aussi très efficace sur les coups de pieds arrêtés où il a été la tour de contrôle de l’équipe. Plutôt discret balle au pied, son travail a été de tenir le fort défensivement et il a été excellent dans ce rôle. Un tournoi de très bon niveau. En somme, on le reverra titulaire indiscutable l’an prochain sans aucun doute. Il est encore un peu trop tôt pour parler de transfert vers un niveau plus élevé, mais s’il réussit à conserver son niveau du tournoi, pourquoi pas. 

Chrisnovic N’Sa : L’arrière droit a été essentiel aux succès d’Halifax dans cette compétition. Son volume de jeu ainsi que sa volonté de répéter inlassablement les efforts ont été cruciaux pour l’animation du côté droit de l’équipe de la Nouvelle-Écosse. Outre son apport physique indéniable, il a aussi démontré une belle intelligence dans ses choix de jeu, une qualité de centre plus que correcte ainsi qu’une très belle chimie avec ses coéquipiers, en particulier avec les milieux de terrain. En bref, il aura été un des meilleurs latéraux du tournoi et cela se reflète dans le fait qu’il a été nominé comme un des meilleurs U-21.

Daniel Kinumbe : De retour sur le terrain après sa grave blessure subie alors qu’il était à l’Impact de Montréal, Kinumbe a été utilisé sporadiquement en première partie de tournoi, puis un peu plus souvent en deuxième phase, ses performances auront été en dents de scie. Pour sa défense, il a eu du mal à trouver ses repères et a rarement été utilisé à la même position. En effet, il a joué en tant qu’ailier, défenseur latéral et même dans un rôle étrange proche du milieu relayeur le temps d’un match. Néanmoins, on a pu constater une belle présence athlétique, des qualités évidentes dans le placement et les efforts défensifs qui viennent avec et quelques flashs intéressants en attaque. Tout de même, on en attend plus de lui, il aura certainement d’autres occasions de se faire valoir.

Louis Béland-Goyette : Un des joueurs les plus utilisés, son apport au milieu de terrain est indéniable. Précis dans ses passes, intelligent dans ses choix de jeux, il dicte le tempo en possession du ballon. En plus de ses qualités personnelles, il est très bon pour mettre en valeur ses coéquipiers et il a beaucoup aidé les nouveaux arrivants comme Aboubacar Sissoko et Omar Kreim. Malgré ces qualités, il faut mentionner qu’il a été en deçà de son niveau de l’année dernière. De plus, il a nettement baissé de régime à mesure que la compétition avançait, à tel point qu’il n’était pas titulaire pour la finale et qu’il n’est même pas rentrer en cours de jeu.

Aboubacar Sissoko: Fraichement débarqué des Carabins de l’Université de Montréal, il a tout de suite imprimé sa marque sur le milieu de terrain. Utilisé abondamment, il aura répondu à toutes les attentes et même plus encore. Son apport physique et son acharnement défensif lui permettent de récupérer énormément de ballons, il sait jouer simple quand il le faut, mais il a également démontré une certaine qualité dans sa capacité à briser les lignes. Il sait également bien déjouer le pressing. Il aura été un obstacle plus que difficile à traverser pour tous les adversaires d’Halifax.

Omar Kreim : Ancien coéquipier de Sissoko chez les Carabins, le duo qui a presque régné sur le foot universitaire québécois était de nouveau réuni. Toutefois, Kreim a été nettement moins utilisé que son compère. Il a tout de même su s’imposer à mesure que le championnat progressait. Malgré qu’il soit un milieu offensif de formation, on l’a aussi vu évoluer sur l’aile droite afin qu’il puisse rentrer sur son pied gauche. Il a réussi à montrer en CanPL les qualités qu’on lui connaissait déjà, c’est-à-dire une excellente technique, des passes tranchantes et incisives et de bons coups de pieds arrêtés. Le point culminant de son tournoi est surement son coup franc salvateur dans le temps additionnel de la rencontre face à York 9. On doit également noter une petite déception vis-à-vis du fait que son entraîneur ne lui ait pas fait confiance pour plus de neuf minutes durant la finale.

Alessandro Riggi : Présent sur le terrain environ un match sur deux, il a été intéressant mais n’a pas su s’imposer comme titulaire indiscutable. Quand il a joué, sa qualité technique et ses crochets lui ont permis de se sortir de bien des situations et il inscrit aussi un très joli but dans le dernier match de la première phase. Comme souvent pour les joueurs de son profil, il a manqué de constance dans ses efforts défensifs et son volume de jeu a parfois été insuffisant. Cela l’a mené à être remplacé assez souvent en cours de match, surtout quand Halifax avait besoin de tenir le score.

Mohamed Farsi (Via CPL)

Cavalry FC

Excellents en première partie de compétition avec quatre victoires en sept matchs, ils se sont malheureusement écrasés en phase finale en perdant consécutivement face à HFX et au Forge FC, ce qui leur coûte une place en finale.

Mohammed Farsi : Peut-être bien la révélation du tournoi ! Il a été tout bonnement excellent. Il a participé à tous les matchs de son équipe et a été crucial à ses succès. Tout d’abord utilisé milieu gauche puis, par la suite, à son poste favori de milieu et/ou latéral droit, il a éclaboussé les matchs de son talent. Techniquement impeccable, systématiquement bien placé, décisif à trois reprises et solide défensivement, il est devenu titulaire indiscutable en l’espace de trois rencontres. Il ne faut pas s’attendre à le voir rester très longtemps en CanPL, il mérite au moins d’avoir une chance en MLS. Justement, l’Impact de Montréal a besoin d’un remplaçant solide pour Zachary Brault-Guillard… piste à creuser.

Thomas Meilleur-Guiguère (Via Chant Photography CPL)

Pacific FC

Ils ont été juste assez efficaces pour accrocher une place en seconde phase, mais les lacunes de l’équipes sont ressorties durant cette portion et les deux défaites face au Cavalry FC, puis au Forge FC les ont éliminés avant même le troisième match.

Thomas Meilleur-Giguère (TMG) : Débarqué au Pacific FC (PFC) suite à une sublime saison avec le Fury d’Ottawa l’an passé, il a su s’imposer comme patron de la défense du club de Langford. Il a disputé presque toutes les minutes de son club et en a été une des valeurs les plus sûres. Sa lecture du jeu, clairement supérieure à la moyenne du circuit, lui a permis de sauver le PFC de plusieurs situations potentiellement dangereuses avant même qu’elles ne le deviennent. TMG est un défenseur central très complet et il a gardé le PFC à flot à maintes reprises.

Diyaeddine Abzi (Via Chant Photography CPL)

York 9 FC

Performance extrêmement décevante pour l’équipe de la banlieue de Toronto. Un style de jeu inerte et apathique ainsi qu’un manque de qualité venant des leaders offensifs les ont conduits à terminer cinquième et ainsi être logiquement exclus du Final Four.

Diyaeddine Abzi : Le meilleur latéral gauche de l’édition 2019 de la CanPL a connu une compétition lors de laquelle il a été moins dominant qu’à son habitude. Malgré cela, il est encore techniquement bien supérieur, ses projections offensives sont toujours aussi dangereuses, à tel point qu’il a même été utilisé comme ailier le temps d’un match plutôt que sur le côté gauche de la défense, comme à son habitude. Il s’est également amélioré dans le timing offensif de ses courses mais cela l’a parfois amené à être pris dans son dos sur des contre-attaques. En somme, il a été au niveau individuel attendu, mais le piètre niveau affiché par une partie de ses coéquipiers a terni certaines de ses performances.

Mastanabal Kacher (Via Chant Photography CPL)

Valour FC

Blanchis trois fois en sept matchs, les difficultés en attaque auront coûté une place en seconde partie de tournoi à ce club qui ne manque définitivement pas de talent, mais dont les tactiques ont été bien mal adaptées aux exigences de cette édition.

James Pantemis : Envoyé en prêt par l’Impact pour qu’il obtienne du temps de jeu, le gardien québécois a été assez bon. Il a obtenu deux blanchissages en sept matchs et une moyenne de 1,28 buts encaissés. Dans le jeu, Pantemis a été très bon sur ses arrêts réflexes et dans les duels face aux attaquants, sa distribution balle au pied est de bonne qualité, sans être excellente, mais il doit encore progresser dans sa façon d’imposer son autorité dans sa surface. Un problème récurrent pour les gardiens de l’Impact selon plusieurs supporters et observateurs…

Yohan le Bourhis : Un seul match joué pour le défenseur central durant lequel il est coupable sur un but, même s’il en marque un également sur corner. Bref, il y a peu de matériel pour analyser, mais il a tout de même montré assez de qualité dans son placement et dans les duels physiques pour mériter plus de minutes la saison prochaine. Ce seul match joué représente tout de même une déception pour lui qui avait disputé huit rencontres en 2019.

Mastanabal Kacher : 360 minutes jouées en six matchs et des performances un peu en deçà de ce qu’on attend d’un joueur de cette qualité. Arrivé cet hiver, on l’annonçait comme le potentiel prochain MVP de la CanPL. On peut affirmer qu’il n’a rien perdu de sa technique et de sa vision de jeu hors-norme mais ses coéquipiers ont, en somme, peu fait pour le mettre dans les meilleures dispositions, notamment lorsqu’il joue en 10. Valour FC a été bien trop statique pour permettre à un meneur de jeu de briller. On notera aussi une sublime frappe pour le but de la victoire face au FC Edmonton.

Chakib Hocine : Quelques courtes apparitions pour le défenseur qui est visiblement en manque de confiance. Il a besoin d’enchaîner les minutes pour reprendre du poil de la bête. Il a un très bon physique et un certain potentiel qui pourraient lui permettre de s’imposer en CanPL s’il est dans de meilleures dispositions mentales.

Raphaël Garcia : Un latéral moderne qui adore se projeter et être impliqué offensivement. Sur le seul match qu’il a disputé, il a réussi à se créer une occasion et a montré un bon volume de jeu. Il a aussi fait preuve de volonté à compenser ses courses vers l’avant en revenant rapidement en défense lorsque la situation l’exigeait.

Antoine Coupland (Via Chant Photography CPL)

Atlético Ottawa

Les premières minutes du nouveau club de la capitale auront été difficiles. Malgré quelques flashs intéressants, on retiendra surtout d’énormes lacunes défensives particulièrement mises en exergue lors de la défaite 4-0 contre le Valour FC.

Michel Djaozandry : Six toutes petites minutes jouées pour le défenseur latéral. Bien que son coach affirme qu’il aime ce qu’il voit à l’entrainement, il est légitime d’en douter vu le peu de confiance qui lui est accordée en match. La marche était-elle trop haute pour celui qui n’était pas titulaire dans son club de PLSQ avant de faire le saut vers la CanPL? La question peut se poser…

Antoine Coupland : Le jeune joueur offensif de 16 ans aura fait quelques sorties plutôt encourageantes. Son jeune âge, son physique pas encore développé à son plein potentiel et son manque d’expérience ont paru, mais il a su les compenser avec une réelle intelligence de jeu ainsi qu’une propreté technique peu commune pour un joueur de son âge. Il sera très certainement titulaire dans quelques années, ou l’année prochaine si tout se passe bien.

FC Edmonton

La moins bonne équipe et de loin. Un seul point récolté, seulement cinq buts inscrits, une compétition à oublier presque en intégralité pour eux. Ils vont devoir ajouter de la qualité et du talent à ce groupe qui en manque cruellement.

Mélé Temguia : Il est bien difficile de juger une individualité dans un club en perdition comme le FC Edmonton. Néanmoins, il a été l’élément le plus solide de la défense. L’ancien du FC Montréal sait user de ses capacités physiques avantageuses pour réparer les nombreuses erreurs de ses coéquipiers. Toutefois, il y a certaines lacunes, en termes de vision de jeu, notamment, qui doivent absolument être corrigées s’il veut être un défenseur dominant en CanPL.

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