Entrevue avec André Martins : Quel avenir pour le recrutement en CanPL ?

Alors que les clubs de CanPL préparent la saison 2021, ils annoncent progressivement les signatures de joueurs. Évidemment, le recrutement des éléments étrangers se fait avec prudence en raison de plusieurs restrictions sur l’effectif (sept par équipe, dont quatre U23; et pas plus de cinq titulaires). Alors que la ligue a annoncé un partenariat avec 21st Club (une base de donnée avec des statistiques sur des joueurs à travers le monde), le commissaire de la CanPL David Clanachan en a vanté les mérites. Évidemment, cet outil n’est pas parfait, puisque le recrutement se fait également par affichage sur des sites spécialisés et que des clubs ont développé leur propre base de données. Cependant, les agences de recrutement ont tenté d’établir des contacts avec la CanPL comme nous en témoigne André Martins, de l’agence Pan American Calcio.   

Avertissement : Les éléments énoncés représentent l’opinion d’André Martins par rapport à ce qui peut aider à prendre de bonnes décisions. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise stratégie de recrutement, cela dépend de plusieurs variables.

Daniel Cameron: Pourriez-vous vous présenter personnellement ainsi que l’agence de recrutement pour laquelle vous travaillez ?

André Martins : Je m’appelle André Martins, je suis un Brésilien. J’ai commencé à travailler dans le recrutement (scouting) il y a sept ans. Je suis partenaire de l’agence Pan American Calcio depuis environ deux ans pour aider dans les marchés que j’observe le plus : CONCACAF, CONMEBOL et CAF (particulièrement la zone Est).

DC : Quelle est la mission de l’agence ?

AM : Nous croyons que le talent peut être trouvé partout. Pendant plus de cinq ans, l’agence a offert des opportunités à des joueurs provenant de partout dans le monde pour jouer aux États-Unis (en majorité), en Europe et en Amérique centrale.

DC : Comment s’opère le contact avec les joueurs et les clubs ?

AM : Le contact se fait plus facilement avec le temps. Habituellement, nous sommes à un appel téléphonique de la personne que nous voulons contacter.

DC : Quel type de joueur supervisez-vous ?

AM : Nous nous concentrons sur les joueurs à faible coût avec un haut potentiel de revente selon le marché en question. La plupart de nos clients sont des joueurs originaires des Caraïbes ou des Antilles, de Sainte-Lucie jusqu’au Rwanda! Nous avons également travaillé avec des Uruguayens, des Colombiens et des Péruviens par le passé. Nous supervisons et travaillons uniquement avec des joueurs auxquels nous croyons. Si nous étions seulement à la recherche de commissions rapides, nous pourrions nous contenter de travailler avec différents profils convoités par les clubs dans chaque partie du monde.

DC : Que pensez-vous de la stratégie de recrutement de la CanPL ?

AM : Apparemment, la ligue impose maintenant une politique très stricte concernant la signature des joueurs étrangers (des joueurs U23 dont les statistiques sont accessibles pour être approuvées par la ligue) et les clubs ne disposent pas de beaucoup d’autonomie.

Akeem Garcia a terminé meilleur buteur en 2020 et la ligue a changé d’approche en se disant «Ne signons plus de joueurs comme Akeem!», c’est-à-dire un joueurs originaire d’une ligue des Caraïbes avec peu de données et de statistiques disponibles. Par ailleurs, un joueur comme Andy Baquero – qui serait considéré comme joueur domestique après sa défection vers le Canada – n’a pas été invité pour le camp d’entraînement d’un club de CanPL. C’est la preuve que quelque chose ne va pas, selon moi.

Je ne pense donc pas que la CanPL va atteindre le statut de ligue vendeuse qu’elle recherche avec cette stratégie et avec un budget par club aussi limité. On dit souvent que plus le risque est élevé, plus la récompense est élevée et ce n’est pas différent dans le soccer. Plus le risque est limité (données disponibles, venant d’une ligue ou d’un pays bien connu), moins il sera probable de trouver un joueur que les autres ne peuvent signer. Ça risque de prendre du temps, mais la ligue s’en rendra compte après cinq ou six fenêtres de transferts.

Les clubs de CanPL vont probablement vendre des joueurs canadiens parce que c’est la ligue dans laquelle plusieurs Canadiens débutent leur carrière et c’est ce qui est recherché par des clubs étrangers : du talent qui est passé sous les radars. Ce n’est généralement pas le cas avec les joueurs qui sont venus en provenance des ligues inférieures en Europe ou en Amérique du Sud. Ces deux continents sont saturés de recruteurs de toutes sortes alors les chances sont minces qu’un club canadien soit en mesure d’obtenir la signature d’un joueur à haut potentiel qui a été ignoré par des clubs allemands, français, brésiliens, etc. Même si un club canadien y arrive et que le joueur domine complètement la CanPL, je crois que la plupart des recruteurs seraient sceptiques quant au niveau de la ligue plutôt que d’être impressionnés par ce joueur.

Un recruteur qui s’intéresserait à la CanPL observerait plutôt les joueurs canadiens et ceux provenant de la CONCACAF en premier lieu puisqu’il penserait que le Canada recrute dans sa propre région en signant les meilleurs espoirs des Caraïbes, voire de l’Amérique centrale. Les joueurs africains et asiatiques (par extension) sont également toujours pris en considération par les recruteurs puisque ces deux continents sont des zones grises selon mon expérience avec l’Afrique orientale. C’est toujours intéressant pour un recruteur de suivre ces joueurs qui sont souvent inconnus de la plupart des clubs.

Je crois que plusieurs joueurs signés en provenance d’Amérique du Sud et d’Europe, comme certains provenant de Regionalliga (4e division allemande) ou des équipes U20 de l’Argentine, seront au-dessus du niveau de la CanPL. Cependant, je doute fortement de leur potentiel de revente s’ils n’offrent pas une valeur ajoutée à la ligue à long terme.

 Credit Canadian Premier League / Chant Photography

DC : Avez-vous travaillé avec la CanPL et ses clubs ?

Si oui, comment s’est fait le contact ?

AM : Nous avons contacté chaque club lorsqu’il a été annoncé.

La plupart n’ont pas eu d’intérêt pour tenter des signatures plus créatives, comme d’habitude. Ça leur a certainement évité quelques échecs mais les a aussi empêchés de signer des joueurs qui ont terminé en Ligue 2 française, en Süper Lig turque et dans d’autres ligues.

DC : Quels joueurs avez-vous tenté de signer en CanPL ?

AM : Nous avons été actifs uniquement avant la première saison (2019). Nous avons essayé de ramener certains Canadiens à la maison alors qu’ils stagnaient dans certaines ligues à travers le monde. Nous avons presque signé un buteur sud-américain expérimenté mais il a finalement reçu une meilleure offre que celle en provenance de la CanPL. Nous avons également reçu des offres pour des joueurs déjà établis dans d’autres ligues mais aucune offre ne nous a permis de conclure un accord.

DC : Merci beaucoup pour votre temps et nous vous souhaitons bonne chance !

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