De 2015 à 2020, la MLS Superdraft prouve son efficacité

La MLS Superdraft a toujours pâli en comparaison des versions existant dans d’autres sports américains, alors que sa vingt-deuxième édition se tient le 21 janvier. Elle subit également de plein fouet le développement des centres de formations en MLS, avec des clubs comme le FC Dallas et les NY Red Bulls qui en ont fait les clés de leur stratégie sportive.

Au début des années 2000, la MLS Superdraft était une opportunité en or pour aller chercher certains des meilleurs joueurs du système américain comme Freddy Adu, Brad Guzan, Chad Marshall, Taylor Twellman, Jozy Altidore ou encore Clint Dempsey. Au tournant des années 2010, beaucoup ont commencé à totalement s’en détourner en pensant que les talents devenaient rares et qu’il était plus simple d’aller les chercher dans les centres de formation de la ligue. Le Philadelphie Union, par exemple, s’en est complètement détaché depuis quelques années avec l’émergence de son centre de formation et a même vendu l’intégralité de ses choix de draft au FC Cincinnati en 2019.

Cependant, comme nous vous en avions déjà parlé dans un précédent article, la MLS Superdraft reste un vivier de talents important pour les joueurs qui émergent autour de la vingtaine, qui viennent de régions sans franchise MLS ou qui veulent suivre un parcours universitaire. Pour démontrer notre point, voici des exemples de joueurs choisis les années précédentes qui ont réussi malgré la prétendue baisse d’influence de la Superdraft.

2020 : Daryl Dike (Orlando City SC, 5e choix du 1er tour)

Le prix MLS du “Rookie of the Year”, attribué aux joueurs effectuant leur première saison professionnelle, a été remplacé en 2020 par celui du Jeune de l’Année. En conséquence, c’est plus les joueurs sortant du College Soccer qui sont les seuls éligibles, mais tous ceux qui ont moins de 23 ans et Dike est donc passé à côté du trophée, finalement remis à Diego Rossi. Cependant, nul doute que si le prix de Rookie of the year était toujours d’actualité, Dike l’aurait gagné ! Arrivé avec beaucoup d’espoirs l’entourant, le jeune attaquant d’Orlando City SC a confirmé les attentes que le club plaçait en lui en remplaçant Dom Dwyer, blessé pour la saison. Avec 8 buts en 17 matchs, celui qui n’a que 20 ans a même été appelé par Gregg Berhalter pour le camp d’entraînement hivernal de l’équipe nationale américaine. Son style de jeu ressemble à celui de Jozy Altidore, avec une puissance physique impressionnante mais qui ne réduit pas sa vitesse pour autant. Un attaquant complet, donc, qui devrait débuter à la pointe de l’attaque d’Orlando l’année prochaine avant, peut-être, un départ en Europe. Pas mal pour un attaquant tout juste sorti du College Soccer !

Autres draftés notables cette année : Dylan Nealis (Inter Miami), Henry Kessler (New England Revolution), Alistair Johnston (Nashville), Robbie Robinson (Inter Miami)

2019 : Dayne St. Clair (Minnesota United, 7e choix du 1er tour)

Le numéro 97 n’aurait sûrement pas été choisi comme le représentant de la Superdraft 2019 sans un coup du sort dû à une blessure, mais c’est souvent comme ça que se font les carrières de footballeurs ! Choisi en septième position par Minnesota United, le jeune canadien était bloqué par Vito Mannone qui venait de signer pour les Loons et qui est devenu un des meilleurs gardiens de la ligue. St. Clair sera alors prêté au Forward Madison, club de troisième division, sans vraiment briller et en faisant face à une concurrence assez forte au poste de dernier rempart. Sa cote reste cependant toujours haute et le Canadien sera recruté, en prêt, par le San Antonio FC d’USL Championship (D2) pour la saison 2020. Le prêt ne durera pas longtemps puisqu’il retournera très vite dans le Minnesota, suite à la blessure de Tyler Miller, le titulaire du poste. C’est lorsqu’il débuta en en MLS qu’on découvrit tout le potentiel du joueur de 23 ans, qui aura joué et impressionné durant 16 matchs avec les Loons cette saison. Preuve de son récent succès, on parle même de lui en sélection à la feuille d’érable et les analystes se demandent bien si, lors de la saison 2021, il ne prendra pas directement la place de Miller dans les cages de Minnesota.

Autres draftés notables cette année : Frankie Amaya (FC Cincinnati), Andre Shinyashiki (Colorado Rapids), Tajon Buchanan (New England Revolution), Chase Gasper (Minnesota), Kamal Miller (Orlando City), Hassani Dotson (Minnesota)

2018 : Chris Mueller (Orlando City SC, 6e choix du 1er tour)

L’année 2020 fut celle de la reconnaissance pour Chris Mueller qui, comme Daryl Dike, personnifia le renouveau d’Orlando City SC sous Oscar Pareja. Le sixième choix de Superdraft 2018 a tout de suite impressionné en Floride et a dépassé les trente matchs joués dès sa première année en MLS. Si ses deux premières saisons sont bonnes et confirment les attentes placées en lui, c’est surtout la saison 2020, et le tournoi MLS is Back pendant la pandémie, qui confirmeront sa montée en puissance, avec une dizaine de buts inscrits sur l’année. Il connut même, en fin d’année, sa première sélection avec les États-Unis face à El Salvador qui se termina sur un beau doublé. Capable de dribbler comme peu en MLS, Mueller est aussi efficace devant le but et rapide ; une palette technique qui en fait un joueur de couloir redoutable. Véritable travailleur, qui se lève tous les matins à 5h depuis qu’il est à l’université, Chris Mueller devrait incarner le nouvel Orlando avec son comparse d’attaque Dike pendant encore quelques saisons.

Autres draftés notables cette année : João Moutinho (LAFC), Tristan Blackmon (LAFC), Mason Toye (Minnesota United), Bryan White (New York Red Bulls), Alex Roldan (Seattle Sounders), Brandon Bye (New England Revolution), Jon Gallagher (Atlanta United), Tom Barlow (New York Red Bulls), Jared Strout (New York Red Bulls)

2017 : Julian Gressel (Atlanta United, 8e choix du 1er tour)

La promotion 2017 de la MLS Superdraft est composée de joueurs extrêmement talentueux et qui ont, depuis, fait de très bonnes carrières en première division. Il fut assez compliqué d’en choisir un mais Julian Gressel reste au-dessus des autres candidats malgré son année 2020 ratée à DC United, qui est plus le résultat d’une stratégie sportive désastreuse à Washington que de ses performances individuelles. À 20 ans, Julian Gressel végétait dans les divisions inférieures allemandes et tenta le pari du College Soccer à Providence College, où il fit quatre années de haut vol. Assez pour convaincre Atlanta United de le sélectionner comme huitième choix du premier tour. Dans la capitale de l’État de Géorgie, il fit trois saisons complètes sous Tata Martino puis Frank de Boer. Champion 2018 de MLS, de l’US Open Cup et de la Campeones Cup en 2019, il gagna également le trophée de Rookie of the Year en 2017 avant de signer pour DC United contre 750 000$ d’allocation. Milieu droit, Gressel peut également évoluer plus bas dans une défense à quatre ou à cinq et même au centre du terrain si besoin. Un couteau suisse talentueux qui délivrait des caviars à Josef Martinez et Miguel Almiron à Atlanta et qui pourrait en faire de même à DC, une fois qu’il sera mieux entouré.

Autres draftés notables cette année : Abu Danladi (Minnesota United), Miles Robinson (Atlanta United), Jonathan Lewis (New York City FC), Jeremy Ebobisse (Portland Timbers), Lalas Abubakar (Columbus Crew), Jackson Yueill (San José Earthquakes), Jake Nerwinski (Vancouver Whitecaps), Nick DePuy (Montréal Impact), Brandt Bronico (Chicago Fire), Jack Elliott (Philadelphie Union)

2016 : Jack Harrison (Chicago Fire échangé au NYCFC, 1er choix du 1er tour)

Si 2017 était un casse-tête à choisir, c’est un peu moins le cas pour 2016 grâce à un joueur qui éblouit la Premier League anglaise en ce moment. Alors que le jeune britannique est passé par les centres de formation de Liverpool et, surtout, de Manchester United pendant sept ans, ses parents décident de déménager pour les États-Unis alors qu’il est âgé de 14 ans, l’obligeant à passer par un parcours à l’américaine : club de développement à Manhattan, puis un parcours en accéléré à l’université de Wake Forest où il ne restera qu’une saison avant d’arriver à la MLS Superdraft 2016. Sélectionné en premier choix par le Chicago Fire, il sera tout de suite échangé au New York City FC, qui le convoitait depuis longtemps, contre Brandon Vincent (le quatrième choix, pris par NYCFC) et de l’argent d’allocation. Une sage décision quand on sait que Vincent, après deux saisons accomplies en MLS, prendra sa retraite en 2018. Jack Harrison, lui, ne s’arrêtera plus : une première saison à 21 matchs et 4 buts marqués et une deuxième place au trophée de Rookie of the Year, finalement remporté par Jordan Morris, puis une saison complète à 10 buts sous Patrick Vieira. En 2018, il signe pour le club affilié de New York, Manchester City, avant de partir en prêt à Middlesbrough. Malgré un prêt frustrant avec seulement quatre matchs joués, il gagnera en constance pendant ses trois prochains prêts à Leeds United, d’abord en Championship puis en Premier League où, sous les ordres de Marcelo Bielsa, ils sont actuellement 14e du championnat.

Autres draftés notables cette année : Keegan Rosenberry (Philadelphie Union), Richie Laryea (Orlando City), Fabian Herbers (Philadelphie Union), Andrew Tarbell (San José Earthquakes), Tsubasa Endoh (Toronto FC)

Christian Roldan à la Superdraft 2015 (Photo via Sports Illustrated)

Nous aurions pu aller un peu plus loin avec, notamment, la promotion 2015 (Christian Roldan, Cyle Larin, Alex Bono, entre autres), mais nous avons décidé de ne pas le faire et de ne pas retomber dans les critiques récurrentes de la Superdraft qui aiment à proclamer que « c’était mieux avant ». La sélection que nous avons faite pour cette liste montre bel et bien que la Superdraft peut être un outil utile pour les franchises de MLS. Certains clubs formateurs l’ont compris et le FC Dallas ou les New York Red Bulls complémentent à la perfection leurs joueurs d’académie avec ceux du College Soccer. D’autres, comme Orlando, New England ou Minnesota vont y trouver des joueurs capables d’être titulaires dès leur première saison, avec une certaine réussite. Les prix des choix de Superdraft baissent chaque année et c’est donc une arme redoutable que d’aller chercher, surtout dans les premiers tours, des joueurs talentueux qu’il sera possible de revendre plus tard.

À titre d’exemple, Mason Toye fut récupéré au septième choix de la MLS Superdraft 2018 par Minnesota United, qui avait obtenu ce même choix contre 150 000$ d’allocation de la part de Montréal. Minnesota avait bien travaillé en scrutant la saison de College Soccer et savait que Toye pouvait devenir un contributeur régulier en MLS. Résultat, ils revendront Toye à… Montréal en 2020 pour plus de 600 000$ d’allocation. Avec un réseau d’informateurs qui suivent le College Soccer, certains clubs ont réussi à faire de très bonnes affaires et pas seulement dans les premiers tours, comme on peut souvent l’entendre. Jack Eliott (quatrième tour), Tom Barlow (deuxième tour), Jared Strout (quatrième tour), Brandt Bronico (troisième tour) ou Andrew Putna (troisième tour) sont des preuves que même dans les tours plus avancés, certains joueurs peuvent être utiles à des équipes premières, sans parler des réserves MLS ou des clubs USL qui sont remplis de talents sélectionnés lors de Superdrafts.

La MLS Superdraft est donc un instrument qui demande un peu de travail mais qui peut apporter des bénéfices fantastiques et duquel peut résulter une manne financière importante. Moins coûteuse que des académies ou qu’un réseau de recruteurs en Amérique Latine, elle ne devrait pas remplacer ces derniers mais peut les compléter avec des joueurs qui sont passés entre les mailles du système. Sept joueurs qui ont joué, ou sont entrés sur le terrain, lors de la MLS Cup 2020 sont passés par la Superdraft et des clubs performants en playoffs cette année comme Orlando, New England ou Minnesota ont fait confiance à ces éléments-là avec succès. Preuve que, malgré une prétendue baisse de niveau, la MLS Superdraft reste une carte importante à jouer pour qui sait quand bien la placer.

Antoine Latran

Co-créateur de Culture Soccer. Ancien rédacteur Soccer Nord-Américain pour Lucarne Opposée. Fan de MLS depuis une balade dans Seattle un jour de match, j'écris sur Culture Soccer sur la MLS, la NISA, la sélection américaine, ainsi que sur des sujets mêlant le sport à la culture, la politique et l'économie.

4 thoughts on “De 2015 à 2020, la MLS Superdraft prouve son efficacité

  1. Bon, comme tu t’en doutes je ne suis pas d’accord avec l’article. OK, tous les ans il y a environ 6-7 joueurs draftés qui vont avoir un impact en MLS, et quasiment tous sont draftés dans les dix premières positions. Après cette place, tu n’as quasiment plus de bons joueurs… D’accord il va toujours y avoir la belle histoire d’un Jack Elliott mais ça représente quoi ? Un joueur sur 50 ?

    Quand tu compares à il y a 10-15 ans des effectifs entiers se construisaient via la Draft. C’était facile de construire une défense avec des Américains avec de faibles salaires. Maintenant ça ne suffit pas.

    Donc oui la Draft c’était mieux avant (en tout cas c’était bien plus utile) et je trouve ça dommage d’essayer de faire croire le contraire pour donner un air important à quelque chose qui ne l’est plus (ce qui est dommage parce qu’honnêtement c’est agréable à suivre). Je n’en voudrais pas à un club de ne plus prendre la Draft au sérieux tant c’est plus utile de mettre des moyens ailleurs (dans les académies par exemple) que d’aller scouter en collège. Tant mieux pour ceux qui arrivent encore à dénicher des talents (New England et Minnesota par exemple), bien joué et je les admire, mais les autres qui s’en foutent (dont mon club), et bah je leur en veux pas.

    D’ailleurs je ne serai pas surpris que d’ici 2035 ce soit tout bonnement supprimé.

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    1. Bien le bonjour LEM, et merci de ton commentaire !

      Bien entendu je suis pas à dire qu’il fille aujourd’hui construire son effectif entier avec la Draft, mais simplement qu’un investissement relativement bas peut résulter en un futur titulaire, très rapidement, dans son équipe.
      Regarde la draft de 2017, bien au-delà des picks 1 à 7, on retrouve des titulaires de MLS.

      Merci en tous cas de ta fidélité de lecture (mais je serai également pas surpris si d’ici même 2030, elle n’existe plus. Certains clubs envoient leurs talents en College Soccer et les récupère comme des Homegrown maintenant, et ça devrait continuer).

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  2. C’est quand même un investissement “risqué”, au-delà de la dixième place (j’ai pas dit la septième, t’as toujours des loupés même dans les dix premiers ;)) t’as plus rien, et les meilleurs clubs comme ils finissent régulièrement bien classés, bah ils choisissent au-delà.

    Pour 2017, t’as Gressel en 8, et ensuite? Hansen en 9 qui est ultra moyen et qui sera sûrement plus en MLS l’année prochaine, DePuy drafté en tant qu’attaquant qui a eu besoin de refaire ses gammes dans la réserve du Galaxy en tant que défenseur central avant de resigner en MLS, Bronico a été sur-utilisé par Chicago (comme Collier, les fans du Fire en peuvent plus) et vient de quitter le club… Hayes est intéressant je te l’accorde, et Odoi-Atsem a une histoire particulière avec son lymphome. Pas de quoi sauter au plafond…

    Pour la fin de la Draft j’étais moins “pessimiste” que toi car ça représente quand même quelque chose d’important culturellement et historiquement aux US, mais il est tout à fait possible que ce soit toi qui aies raison.

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    1. Certes mais au delà de Gressel, tu as quand même du beau monde avant ça pour pas si cher !
      Et parfois ce sont des joueurs qui peuvent faire un petit tour en USL dans la réserve (voire y avoir une carrière solide et forcément, si le mec te coute pas cher avec un pick de 2e ou 3e tour, si ça en devient un taulier de la réserve c’est quand même benef) et revenir en force dans l’équipe une.

      Enfin bref, moi j’aime la draft hahaha. ça demande du taff mais c’est folklo et ça révèle des mecs qui peut-être à 18 ans n’était pas en centre de formation, ou tout simplement pas prêt !

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