L’histoire de Thierry Henry à Montréal en cinq dates

L’aventure de Thierry Henry à la tête du Club de Foot de Montréal (anciennement l’Impact de Montréal) s’est abruptement terminée ce 25 février lorsque la franchise montréalaise a annoncé son départ pour des raisons personnelles. Après une éprouvante saison 2020 où les clubs canadiens ont dû se délocaliser aux États-Unis à cause de la pandémie mondiale, Henry ne pouvait pas passer une seconde saison loin de sa famille restée à Londres. En effet, la saison 2021 s’annonce tout aussi difficile pour les clubs canadiens qui devront encore une fois élire domicile aux États-Unis afin de faciliter leurs déplacements et ceux de leurs adversaires sans avoir à traverser la frontière. Alors qu’une nouvelle page se tourne dans l’histoire du club montréalais, une autre cette année après le changement identitaire dévoilé le 14 janvier (nouveau nom, nouveau logo etc.), le départ inattendu d’Henry un peu plus d’un an après son arrivée à Montréal laisse un goût d’inachevé. Quel bilan peut-on tirer du passage de l’entraineur français à Montréal? « Que du positif » selon les dires du directeur sportif du club Olivier Renard. Bien qu’il soit difficile de jauger son réel apport vu le contexte pandémique, Henry a tout de même connu des hauts et des bas à la barre de l’équipe.

Communion avec les supporters :

Nous sommes le 14 novembre 2019, le président de l’Impact de Montréal annonce avoir embauché Thierry Henry en tant qu’entraineur du bleu-blanc-noir. « On est un grand club dans une grande ville, il faut commencer à agir comme ça »; c’est par ces mots que Kevin Gilmore annonce en grande pompe la venue de l’entraineur français. Saluée par les observateurs, les fans et toute la planète foot, cette embauche a fait la une des journaux sportifs à travers le monde. 

Deux mois et demi plus tard, le 31 janvier 2020, c’est au resto-bar New City Gas que les abonnés de saison de l’Impact de Montréal rencontrent en chair et en os leur nouveau héros. Henry est d’ores et déjà adulé par la majeure partie des supporters présents à l’évènement. Acclamé par la foule, il remet à l’ordre les partisans; « je suis coach maintenant, j’espère qu’ils vont pouvoir encourager l’équipe de cette manière. Ma carrière de joueur est du passé mais oui, ça fait vraiment plaisir d’entendre ça ». Durant presque deux heures, les joueurs et le staff sont présentés aux partisans en furie. Un moment de forte émotion qui lance bien la saison du club montréalais. 

Début de saison encourageant :

Après avoir éliminé le club costaricien Saprissa en huitièmes de finale de la Ligue des Champions de la Concacaf, Montréal affronte le Revolution de la Nouvelle-Angleterre pour son premier match de la saison régulière. Alignés en 3-4-3, les joueurs de Thierry Henry remportent ce match sur le score de 2-1 grâce à des buts de Romell Quioto et de Maxi Urruti. La patte de l’entraineur français est mise de l’avant puisque les recrues Luis Binks et Joel Waterman se sont très bien débrouillées, le joueur considéré par le Dynamo comme un joueur ingérable Quioto semblait comme un poisson dans l’eau et l’attaquant qui ne marque pas Maxi Urruti venait faire mentir ses détracteurs. De plus, les joueurs montréalais ont fait part d’abnégation puisqu’ils ont été menés au score avant d’égaliser et de remporter ce match. Certes, avec un brin de chance mais une victoire encourageante malgré tout.

Les matchs de « présaison » du tournoi MLSisBack :

En plein cœur de la pandémie mondiale, la MLS décide tout de même de relancer les hostilités en créant une bulle au complexe de Disney à Orlando, en Floride. Thierry Henry martèle à qui veut l’entendre que son équipe n’a pas pu s’entrainer comparativement aux équipes étatsuniennes à cause des mesures drastiques prises par le gouvernement canadien. De plus, l’entraineur français n’hésite pas à dire qu’il traitait ce tournoi comme un tournoi de présaison même s’il ferait tout pour essayer d’aller le plus loin possible. Privés de soccer depuis plusieurs mois, les supporters sont avides de voir leur équipe à la télévision à défaut de pouvoir la voir au stade Saputo.

Source : whoscored.com

De retour à la compétition après plusieurs mois d’arrêt, l’Impact de Montréal s’incline sur le score de 1-0 face au Revolution cette fois-ci. Cependant, ce n’est pas le résultat en tant que tel qui choque les partisans mais plus la manière par laquelle cette défaite s’est dessinée. Alignés en 5-4-1 ultra-défensif, les joueurs montréalais semblaient vouloir limiter la casse au lieu de trouver un moyen de s’imposer face à la troupe de Bruce Arena. Si le manque de créativité sautait aux yeux, c’est surtout la composition concoctée par Henry qui restera longtemps dans les mémoires comme étant une des décisions les plus controversées de l’entraineur français; Samuel Piette, joueur local et milieu défensif pur et dur, était aligné au poste de latéral droit, laissant sur le banc l’international canadien Zachary Brault-Gaillard. Inutile de mentionner que le résultat était catastrophique et que, malgré quelques changements au cours du match, l’Impact n’a jamais réussi à renverser la vapeur.

Source : whoscored.com

Quelques jours plus tard, lors du deuxième match du tournoi, Montréal rencontre son éternel rival le Toronto FC et Thierry Henry récidive avec une autre décision inexplicable mettant Shamit Shome, milieu central de formation, à ce fameux poste de latéral droit. Résultat; un autre fiasco et une défaite 4-3 malgré quelques moments de bonheur.

L’impact parviendra tout de même à se qualifier à sortir de la phase de groupes en battant DC United sur le score de 1-0 avant de se faire sortir du tournoi par le futur finaliste Orlando City SC. Thierry Henry déclara alors qu’il était satisfait de ses joueurs tout en répétant que les conditions dans lesquelles son équipe s’est retrouvée étaient loin d’être idéales.

Premier échec :

La structure du soccer professionnel canadien n’est peut-être pas encore aussi développée que ce que nous connaissons en Europe ou aux États-Unis mais, une chose est certaine, le prestige est immense lorsqu’une équipe remporte la Voyageurs Cup, trophée remis au vainqueur du Championnat Canadien. À cause de la pandémie, le format habituel du championnat a été abandonné et il a été décidé par Canada Soccer que l’équipe de MLS qui aurait le plus grand nombre de points lors des rencontres face à ses adversaires canadiens, se qualifiera directement pour la finale qui se disputera face au vainqueur de la Première Ligue Canadienne. Une tâche colossale pour la troupe de Thierry Henry qui devra remporter le plus de matchs possibles face aux Whitecaps de Vancouver et face au Toronto FC.

Pourtant, l’effectif se montre à la hauteur de l’évènement et se retrouve en très bonne position avant son dernier match face aux Whitecaps, l’équipe la plus faible parmi les trois. L’objectif est simple, il suffit de s’imposer face aux Whitecaps en marquant un minimum de deux buts pour y arriver. Malheureusement, le défenseur central français Rudy Camacho écope d’un carton rouge à la 37ème minute et l’Impact encaisse deux buts coup sur coup avant la mi-temps. Au retour des vestiaires, Thierry Henry tente le tout pour le tout et essaye de brasser les cartes afin de trouver un moyen de s’imposer mais, trop peu, trop tard, l’Impact s’incline sur le score de 3-1 et le Toronto FC obtient sa place en finale du Championnat Canadien. Bien qu’il soit injuste de blâmer directement Thierry Henry pour cet échec, son équipe n’a pas été capable de livrer la marchandise lorsqu’il le fallait vraiment.   

Objectif rempli :

Avant l’arrivée de Thierry Henry, l’Impact de Montréal ne s’était plus qualifié aux séries éliminatoires depuis 2016. Une éternité pour le club et pour ses supporters qui espéraient que Thierry Henry allait enfin changer la donne.

Après une première moitié de saison réussie, l’Impact de Montréal enchaine les résultats en dents de scie et ne parvient pas à sécuriser une place qualificative pour les séries avant la dernière journée de la saison. Après avoir subi cinq défaites sur les six derniers matchs dont le dernier face à Orlando City au New Jersey, domicile temporaire de l’équipe. L’habituelle conférence d’après-match est soudainement interrompue (et sera même annulée après un temps d’attente) et le joueur interrogé est rappelé au vestiaire par Thierry Henry pour une rencontre urgente. Le lendemain, Olivier Renard et Thierry Henry annoncent que l’équipe au complet restera au New Jersey afin de mieux préparer son dernier match de la saison et se donner toutes les chances de se qualifier pour les séries. Cet énorme sacrifice, privant les joueurs de leurs familles pour une énième fois en 2020 a fini par porter ses fruits. Lors du dernier match de la saison, l’Impact s’impose sur le terrain de DC United sur le score de 2-3. Une victoire in extremis qui est longuement célébrée par les joueurs après le match.

Un résultat extrêmement positif pour Henry et son équipe qui, malgré les difficultés, ont su trouver les ressources nécessaires pour atteindre leur objectif principal. Assurément, les mauvaises langues diront que l’Impact s’est qualifié en terminant la saison à la neuvième place de l’Est, une place qui n’est habituellement pas qualificative pour les séries éliminatoires mais peut-on vraiment se permettre d’oublier que Thierry Henry a réussi cet exploit en disputant un seul match à domicile sur 23 matchs de saison régulière.

Malgré son départ précipité, Henry laisse, en général, de bons souvenirs aux supporters montréalais. Entre ses conférences de presse animées, ses discussions approfondies et pleines d’anecdotes sur le football et ce qui l’entoure, son soutien indéfectible au mouvement « Black Lives Matter » et une gestuelle unique qui le caractérise, Thierry Henry peut se targuer d’avoir été le dernier entraineur de l’Impact de Montréal avant que la franchise ne change de nom. Qui sait? Ce n’est peut-être qu’un au revoir.   

Source et Crédit photo principale : CF Montréal, Matthew Stith et Jared Martinez

Hady Raphaël

Créateur du défunt www.mlsenfolie.com et co-rédacteur en chef de Culture Soccer, je suis un observateur assidu de la MLS et la CanPL. Animateur de plusieurs podcasts sur le soccer nord-américain et consultant à la radio Médias Maghreb à Montréal. Fier partisan et abonné de saison de l'Impact de Montréal

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