Expansions en MLS : Sacramento déprogrammée, la course relancée ?

Sacramento en MLS, c’était une évidence. Depuis l’arrivée du Republic FC dans la ville en 2014, en deuxième division (USL Championship), le soccer soulève les foules chaque semaine et la Major League Soccer ne pouvait passer à côté d’une telle opportunité. Sept ans plus tard, l’horizon s’est assombri pour Sacramento, si bien qu’une arrivée en première division américaine apparaît plutôt comme un mirage aujourd’hui.

Photo via CBS Sacramento

Un mariage de raison entre la MLS et Sacramento

Depuis que les premiers coups de sifflet ont été entendus au Papa Murphy’s Park de Sacramento, il semblait évident que le club avait une réelle chance d’arriver en MLS. Le stade de 11 000 places affiche régulièrement complet depuis la première saison en USL, si bien que le Commissaire de la MLS Don Garber avait visité la ville en 2015 avant même un dépôt formel de candidature pour la ligue. Qu’importe les envies de ce dernier de « compléter la carte » en ayant des clubs disséminés un peu partout sur le territoire américain : la côte de popularité de cette équipe est si inédite dans le paysage du soccer que le Commissaire ne s’interdit pas ce qui serait pourtant la quatrième équipe californienne, après San José, le LA Galaxy et le LAFC. Il déclare même, lors d’une rencontre avec les fans, que « la question n’est pas de savoir si Sacramento arrivera en MLS, mais quand ».

Après un titre de champion d’USL Championship en 2014, Sacramento prouve qu’en plus d’être une réussite populaire, l’équipe est tenue par des gens qui savent gérer un club. Ils ouvrent leurs capitaux à Kevin Nagle qui, aidé par des investisseurs venant des Kings de NBA et des 49ers de NFL, devient président du club avec une ambition bien concrète : rejoindre la Major League Soccer.

En 2017, Kevin Nagle envoie une première demande d’expansion à la ligue qu’il retire cependant assez rapidement : les frais pour la rejoindre sont en constante augmentation et depuis les premiers contacts en 2014, ces derniers ont dépassé les 150 millions de dollars. Les fans semblent démoralisés par les annonces successives de la ligue qui offre l’expansion à d’autres équipes avant Sacramento. Kevin Nagle cherche donc un investisseur prêt à soutenir le projet et le trouve début 2019 avec Ron Burkle, notamment propriétaire des Pittsburgh Penguins en NHL (première division de hockey sur glace). En avril 2019, le club envoie donc une nouvelle demande d’expansion à la MLS.

Pendant ce temps-là en USL, le club continue son beau parcours, solidifie sa fanbase et son identité, si bien que le Papa Murphy’s Park ne connaîtra pas une seule saison en dessous des 10 000 spectateurs de moyenne. L’enthousiasme ne semble pas s’estomper et cela tombe bien : le 21 octobre 2019, la ligue annonce que Sacramento sera la 29e franchise de Major League Soccer.
Le projet a pris du retard depuis les premières ambitions de 2015 : Nashville et Miami sont passés devant et débutent en 2020, Austin en 2021 et Sacramento est prévue conjointement avec Charlotte pour 2022. Un retard qui aura couté cher à Ron Burkle puisqu’il s’acquitte d’un prix de 200 millions de dollars pour l’expansion, avec 300 millions supplémentaires engagés pour la construction d’un nouveau stade en plein centre-ville. Qu’importe, le club a déjà sécurisé 10 000 demandes d’abonnement pour la première saison en MLS et a signé UC Davies Health comme sponsor principal pour la première division. Tout semble aller pour le mieux.

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2020, année de l’inattendu

La pandémie mondiale liée au coronavirus aura eu des effets néfastes pour des pans entiers de l’économie et celle du sport, malgré les larges poches des investisseurs de MLS aux États-Unis, n’y aura pas échappé.

C’est dans un communiqué laconique qu’à l’approche de la saison 2021, Don Garber et la Major League Soccer ont ainsi annoncé que Ron Burkle les avait informés de sa décision : il ne souhaite finalement pas mener le Sacramento Republic FC en MLS. Étant actif dans l’hôtellerie, les finances de M. Burkle ont connu un coup d’arrêt tout au long de l’année 2020, si bien qu’il avait déjà, en février, omis d’effectuer le premier paiement prévu vers la ligue, ce qui avait déjà surpris à ce moment-là.

Lors de son appel à Don Garber, le propriétaire des Pittsburgh Penguins a cité la crise qui le touchait financièrement mais également les coûts de construction du stade en centre-ville qui s’envolaient selon lui. Il avait eu moins de considération il y a quelques mois, en décembre, pour aligner les 22 millions nécessaires à l’achat du célèbre Neverland Ranch de Michael Jackson, mais qu’importe. Une équipe MLS représente, il est vrai, un investissement conséquent et à long terme puisqu’il est rare de voir des équipes dégager des bénéfices, encore moins dès leurs débuts. Tard le vendredi 23 février, le maire de Sacramento Darrell Steinberg a annoncé sa déception par un communiqué de presse, en maintenant tout de même que « la quête pour la MLS était loin d’être terminée ». Un maigre espoir pour les fans du Republic pour qui il faudrait maintenant un nouvel investisseur conséquent. La réaction du maire peut en tous cas se faire entendre : le stade et la franchise MLS s’inscrivait dans un développement plus global du centre-ville de Sacramento. La construction d’un hôpital, de logements sociaux et de nombreux commerces étaient conditionnés à ces investissements reliés au stade qui pourraient donc manquer.

De plus, même si elle demande un peu moins d’investissement, la future franchise de NWSL (D1 féminine) qui devait arriver au même moment que l’équipe MLS, a également son futur en suspens. Cette dernière comptait utiliser le nouveau stade du Republic et cela s’annonce compliqué pour le moment.

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Ron Burkle, Don Garber et Darrel Steinberg le jour de l’annonce de l’expansion

Pour la MLS… une fausse mauvaise nouvelle ?

Examinons maintenant la partie la plus cruelle de cette histoire, une partie purement économique. Pour la MLS, le refus de Sacramento n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle. Lors de l’annonce de la franchise, l’atmosphère était certes belle mais cela semblait être simplement l’aboutissement d’années de promesses faites à Sacramento. Depuis 2015, l’équipe devait être annoncée et c’était chose faite mais, depuis, des franchises bien plus ambitieuses comme Miami ou Austin avait été annoncées à leur tour. Tout comme ce fut le cas dans des territoires moins attendus mais au succès populaire intéressant, comme à Cincinnati, Minnesota et Nashville.

Depuis les 200 millions de dollars prévus pour la place de Sacramento en MLS les prix d’expansion ont augmenté, si bien que David Tepper a payé 325 millions de dollars pour amener Charlotte en MLS à la fin de l’année 2019, un prix qui devrait augmenter malgré la pandémie mondiale. Alors que la ligue a pour ambition de s’arrêter à 32 franchises, il ne reste donc que deux places – trois maintenant – qu’elle peut monnayer à prix d’or. Certes, Sacramento pourrait refaire une demande mais la ligue ne fera pas de traitement de faveur. L’expansion du Republic FC semblait plus être une lettre d’amour aux fans de Sacramento qu’un choix purement dicté par des velléités économiques, comme pour montrer que la MLS savait aussi offrir leur chance aux projets populaires. Seulement depuis, Cincinnati a rejoint la ligue avec une histoire assez similaire, celle d’une ville moyenne mais qui impressionne dans les divisions inférieures. Sacramento, trop similaire, n’est plus aussi nécessaire qu’avant.

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En effet, la capitale de la Californie n’est que le 18e marché médiatique aux États-Unis. Des villes comme Phoenix, Detroit et Tampa Bay, qui ont toutes déjà exprimé leur volonté de rejoindre la MLS, pourraient être plus intéressantes pour la ligue. D’autres, comme Las Vegas et San Diego, pourraient rajouter une diversité que Sacramento, pas si loin du Galaxy, du LAFC et des Earthquakes de San José, n’apporte pas. Certains disent même qu’aujourd’hui, les Oakland Roots feraient de meilleurs candidats en Californie pour entrer en première division. Oakland pourrait d’ailleurs déjà reprendre la place de Sacramento en NWSL puisqu’ils veulent intégrer la ligue et ont maintenant un concurrent affaibli pour une expansion dans la Bay Area.

L’avenir nous dira donc ce qu’il adviendra de cette 30e place en Major League Soccer. Mais une chose est sûre : les espoirs des fans de Sacramento ne tiennent plus qu’à un fil. Bien que le maire de Sacramento se veut rassurant et assure avoir déjà reçu de nombreux appels demandant des informations sur le projet, les potentiels investisseurs locaux sont peu nombreux comparé à ceux venant de Detroit ou Phoenix, par exemple. De plus, si d’autres milliardaires veulent investir en MLS, ils pourraient être plus tentés par une franchise déjà existante en vente. En effet, le Real Salt Lake, Orlando City et le Houston Dynamo sont tous à vendre et possèdent déjà les structures en place, demandant moins d’investissement. Le train de la Major League Soccer semblait devoir forcément s’arrêter  en gare du Republic mais Ron Burkle vient de le faire dérailler avant l’arrivée à Sacramento.

Antoine Latran

Co-créateur de Culture Soccer. Ancien rédacteur Soccer Nord-Américain pour Lucarne Opposée. Fan de MLS depuis une balade dans Seattle un jour de match, j'écris sur Culture Soccer sur la MLS, la NISA, la sélection américaine, ainsi que sur des sujets mêlant le sport à la culture, la politique et l'économie.

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