Florian Valot : « J’étais sur le banc avec les New York Red Bulls, je suis reparti avec Cincinnati ! »

Entretien effectué le 1er septembre 2021.

Floriant Valot a récemment été transféré des New York Red Bulls au FC Cincinnati. Il raconte pour Culture Soccer les coulisses de cet échange précipité.

Raconte-nous un peu les coulisses de ton transfert au FC Cincinnati…

En MLS, le joueur n’a pas trop le choix de sa destination lors d’un échange puisqu’il signe avec la ligue mais avec moi, la situation était un peu spéciale. Le coach [ndlr, des Red Bulls, Gerhard Struber] ne me parlait plus depuis quelques mois, je suis donc allé le voir et nous avons eu une longue discussion. De là, a découlé une décision qui était la bonne pour les deux parties :  me trouver un nouveau club. Je suis allé voir mon directeur sportif, j’ai expliqué la situation et je lui ai dit que le coach me conseillait d’aller voir ailleurs. On s’est mis d’accord, je restais jusqu’à ce qu’on puisse me libérer. Donc je suis celui qui a pris la décision. Le club ne m’y a pas envoyé. Ensuite, la semaine où on jouait Cincinnati [le 5 août], mon agent m’appelle et me dit qu’ils vont faire une offre pour me récupérer et qu’il allait me tenir au courant dans les heures suivantes. Le lendemain, mon agent me dit qu’il y a eu une offre et qu’ils travaillent sur les détails mais il me dit qu’apparemment, Cincinnati voudrait que je voyage avec eux directement après le match ! Personnellement, je me dis que ça tombe bien, comme ça pas de quarantaine, tant mieux.
En début de semaine, on me dit pourtant que je vais être sur le banc avec l’équipe… Mais des New York Red Bulls ! Du coup, ils [Cincinnati] ne veulent pas que je parte après le match, avec eux. Déjà, c’est bizarre que je sois sur le banc alors que les Red Bulls savent très bien que je vais être transféré, je pense que c’était plus pour me faire chier qu’autre chose. Le matin du match, mon agent m’appelle et me demande si mes affaires sont prêtes, je dis que oui et il me dit qu’il y a 95% de chance que finalement je parte avec eux ! Mais il me dit de ne le dire à personne, que je ne suis pas censé savoir.
Donc je vais au match en étant joueur des Red Bulls, mais j’espère ne pas jouer car je vais aller avec l’autre équipe après le match [rires]. On fait 0-0, heureusement je ne rentre pas, puis je file chez moi, je prends mes affaires, je laisse mon chien à une famille et en une heure je suis dans le bus, passé des Red Bulls à Cincinnati et j’arrive dans le bus de l’équipe ! Les joueurs m’ont regardé assez bizarrement et j’ai fait le chemin avec eux. Finalement, on en a pas mal rigolé, je me suis fait une place assez vite mais c’était assez drôle et inattendu. Je n’avais jamais entendu personne qui avait fait la même chose que moi !

Quand tu changes d’équipe en MLS, ton transfert a été accepté par les deux franchises. Mais est-ce que toi, tu as un changement de salaire possible pendant les négociations ?

Non, moi je suis en fin de contrat en décembre [avec la MLS] et Cincinnati m’a dit qu’ils allaient me récupérer jusqu’en décembre et soit on renégociera un contrat par la suite, soit je pourrai partir dans un autre club. Donc pour moi, c’est gagnant-gagnant, si je joue bien j’aurai un contrat ici mais peut-être que d’autres offres ailleurs suivront, donc c’est tout bon. 

Est-ce que le prix de ton transfert [50 000$ d’argent d’allocation, doublé avec les bonus] t’a étonné ?

Non parce que mon contrat se finit en décembre, c’est raisonnable en MLS où les plus chers partent pour 1 million en argent d’allocation.

En décembre donc, si Cincinnati te laisse libre tu pourras signer où tu veux ?

Je n’aurai plus d’attache à la MLS en effet. Ils ne peuvent plus dire qu’ils me gardent, qu’ils me font signer dans tel club, que je suis obligé d’accepter un transfert… Donc j’ai un peu un pouvoir de décision, même si mon salaire ne sera pas très élevé. Il me manquera le statut d’agent libre pour lequel il faut un minimum de cinq ans comme professionnel. Donc, si je négocie un nouveau contrat, je ne peux augmenter mon salaire que de 15 ou 20%.

Florian Valot en 2017 avec Bradley Wright-Phillips (Photo via La République des Pyrénées)

Pour en revenir aux Red Bulls, c’est le club avec lequel tu as débuté en 2016, d’abord avec la réserve, puis avec l’équipe A. En 2016, il y a encore Bradley Wright-Philips, Sacha Klejstan, Tyler Adams, Aurélien Collin, Luis Robles, un effectif plein de vétérans mais qui a vraiment changé ces quatre dernières années.
Quel regard tu portes sur la nouvelle stratégie NYRB ?

La stratégie est claire, comme en Europe : développer des jeunes joueurs pour les envoyer dans des meilleurs clubs, pour pas trop cher. Le tout avec un système de jeu qui demande beaucoup d’énergie, c’est pour ça qu’il y a plein de jeunes.
C’est vrai que dans mes premières saisons, il y avait beaucoup de qualité dans cet effectif. Au fil des années, ces joueurs expérimentés sont partis au profit de joueurs plus jeunes. Il y a eu pas mal de changement de coachs, donc la philosophie a évolué. Ça s’est aussi senti dans les résultats : en 2017-2018, l’équipe avait fait deux grosses saisons avec des joueurs de qualité, plus expérimentés et là, avec leurs résultats, c’est plus compliqué. L’équipe est plus jeune et, à mon goût, manque d’expérience. Ça ne changera pas en plus, c’est le système Red Bull.

C’est dommage car même à l’époque, un jeune comme Tyler Adams pouvait s’appuyer sur des anciens. Là c’est plus compliqué.

Oui, il y a Dany Royer ou Aaron Long, mais ils sont blessés. Sean Davies, le capitaine, c’est vraiment l’un des seuls.

Durant tes cinq saisons avec les Red Bulls, tu as connu Jesse Marsch, Chris Armas et Gerhard Struber, quels souvenirs gardes-tu de ces coachs ?

Marsch, c’est un de mes coachs préférés, il m’a vraiment marqué. C’est quelqu’un qui comprend chacun de ses hommes, leurs besoins, avec une idée précise de la façon dont son équipe doit jouer. Il le fait comprendre à ses joueurs facilement, c’est un message clair et c’est pour ça qu’il y a eu du succès. C’est pour ça que ça marchait avec lui, les Red Bulls ce n’était pas de la possession. C’était « on fout le ballon dans le camp adverse, on va les presser et on va récupérer le ballon aux trente mètres pour l’emmener vers le but », et on a eu énormément de succès.
Chris Armas, c’était un super assistant et quand il a pris l’intérim de Marsh, je pensais que c’était un peu trop tôt pour lui. Il était tellement proche des joueurs que ça allait être compliqué pour lui de créer cette barrière de coach. C’est aussi une personne qui aime énormément la possession, donc on s’est perdus sur le pressing et la possession.
Struber c’est plutôt quelqu’un qui est revenu aux bases, avec une idée précise et claire de faire adopter la tactique qu’il voulait mettre en place. Maintenant, je pense que ça a du mal à prendre car l’équipe est un peu jeune. Elle manque d’expérience et c’est ça qui explique les résultats, mais j’espère que ça va changer car il y a un effectif de qualité là-bas.

Jesse Marsch à la Red Bull Arena (Photo via The Athletic)

Les fans des Red Bulls étaient assez déçus de te voir partir et reconnaissants de tes saisons passées là-bas. Tu en gardes un bon souvenir ?

Oui, ce sont des gens adorables. Les Red Bulls font beaucoup d’évènements avec les fans, donc tu en rencontres énormément et j’ai toujours reçu un super accueil, ils m’ont toujours soutenu même dans les moments difficiles. J’en garde de super souvenirs, en ce moment c’est difficile pour eux au niveau des résultats, mais l’équipe m’a donné mes premières minutes en professionnel donc je serai toujours reconnaissant, surtout après mes deux blessures aux croisés.

Tu viens à peine d’arriver, mais quel est ton ressenti sur Cincinnati ?

Le club a tout juste sept ans. La ville est assez sportive, avec une équipe de football américain, du baseball, une équipe de ligue mineure en hockey et une université qui est très forte en basket et en foot américain. L’équipe de soccer est assez jeune, ils viennent de terminer le stade mais l’engouement autour de l’équipe est assez surprenant. Il est énorme, le stade est plein tout le temps, tu sens que ce sont des vrais fans. Même quand je jouais ici avec la réserve des Red Bulls en USL, c’était un stade plein. La ville est assez petite et c’est mignon, assez calme, j’ai encore pas mal de choses à explorer mais pour le moment je m’y plais beaucoup, l’environnement est idéal pour performer. Il ne manque que des résultats et ça peut devenir une des meilleures équipes de MLS.

Cincinnati est une franchise qui a connu des problèmes de management lors de ses premières saisons. Dans le vestiaire, tu côtoies des joueurs qui sont arrivés à la saison inaugurale comme Nick Hagglund, des transfuges de l’ancien entraîneur Ron Jans comme Yuya Kubo et des joueurs arrivés cette saison comme Brenner, Luciano Acosta… Comment se construit la cohésion du groupe avec ce patchwork de talents ?

Ce qui est difficile, c’est qu’ils sont venus à chaque fois pour jouer un différent style de football et on n’a toujours pas trouvé la bonne solution. On a énormément de talent dans l’équipe, le vestiaire s’entend bien malgré les mauvais résultats. Le talent est là mais on n’arrive pas à fermer les matchs, comme on l’a vu à Columbus [résultat 3-2 pour le Crew], ou à Montréal avec la défaite 5-4. On est si proche, mais si loin à la fois et c’est frustrant.
Finalement, on se prépare aussi pour la saison prochaine. Il y a énormément de joueurs dans ce roster, avec beaucoup de transferts, donc c’est encore en préparation.

Il y a des joueurs que tu ne connaissais pas forcément et qui t’ont impressionné à l’entraînement ?

Lucho Acosta, c’est un joueur particulier. C’est très nonchalant, mais il est capable de faire ce qu’il veut, il est intelligent et très bon balle au pied. Il y a également Medunjanin, lui si tu lui laisses de l’espace il peut te trouver une passe parfaite dans les pieds pour amener un but. Ces joueurs ont une intelligence de jeu très élevée.

Jaap Stam, l’entraîneur actuel de Cincinnati (via Netherlands News Live)

Jaap Stam, c’est comment à l’entraînement ?

C’est un très bon coach avec un palmarès imposant comme joueur. Il a une grande expérience, il a connu des grands coachs, il sait de quoi il parle. Il laisse beaucoup la place à ses assistants pour prendre les entraînements et lui est plus focalisé sur la tactique les veilles de match.
Ce n’est pas quelqu’un de très communicatif, qui va te dire « bien joué, t’as fait un super match »… Il est réservé mais c’est bien, comme ça il ne montre pas qui sont les préférés.

Depuis ton arrivée, certaines compositions étaient en 4-2-3-1 avec une place pour les ailiers, c’est ce que tu préfères ? Même si la concurrence est grande avec Joseph-Claude Gyau, Lucho Acosta, Isaac Atanga, Alvaro Barreal voir Ben Mines.

Le système de jeu évolue pas mal, on joue parfois à 4 ou à 5 derrière, même si d’habitude on a un 6 et deux 8. Généralement c’est un 4-1-4-1 ou un 3-3-3-1. Ça dépend, je joue un peu toutes les positions, je peux évoluer à droite, à gauche, jouer le piston sur le couloir dans une défense à 5… Personnellement, je pense avoir ma place dans l’équipe, j’ai commencé les deux derniers matchs et j’ai été bon, mais ce week-end [contre l’Inter Miami, défaite 1-0], je sais que je serai sur le banc. Il me manque un but pour vraiment cimenter ma place dans le onze de base.

Au début de la saison, tu prédisais les New York Rd Bulls en première position du classement ! Maintenant, tu paries sur le FC Cincinnati ?

Ça va être plus compliqué ! Il y a des sacrées équipes en MLS et à l’Est cette année, je pense plus sérieusement que New England est le mieux armé. C’est une équipe avec beaucoup de talent, nous on l’a mais il nous manque l’élément déclencheur qui nous lancera sur une série de victoires.

Antoine Latran

Co-créateur de Culture Soccer. Ancien rédacteur Soccer Nord-Américain pour Lucarne Opposée. Fan de MLS depuis une balade dans Seattle un jour de match, j'écris sur Culture Soccer sur la MLS, la NISA, la sélection américaine, ainsi que sur des sujets mêlant le sport à la culture, la politique et l'économie.

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