La NWSL au cœur du scandale

À l’aube de la fin du championnat, une bombe explose sur la NWSL. La journaliste Meg Linehan a révélé dans un article de «The Athletic», le témoignage de deux anciennes joueuses des Portland Thorns, Sinead Farrelly et Mana Shim, décrivant le calvaire qu’elles ont vécu à l’abri des regards.

Des agissements qui sont passés de l’ombre à la lumière grâce au courage des victimes qui ont trouvé la force de dénoncer des comportements qui ont perduré des années. Culture Soccer vous fait le récit de ce qui a mis la ligue en pause le temps d’un week-end.

30 septembre 2021, l’annonce est tombée. Une nouvelle affaire de harcèlement est dévoilée et Paul Riley, entraîneur emblématique du North Carolina Courage, subit la foudre de toute une communauté. «The Athletic» a parlé à une douzaine de joueuses qui ont côtoyé l’entraîneur depuis 2010. Si les langues se sont déliées, beaucoup ont demandé de conserver l’anonymat de peur de subir des représailles. Cette histoire résonne comme une impression de déjà-vu. Les départs récents ces derniers mois de plusieurs entraîneurs de la ligue, à commencer par Farid Benstiti de l’OL Reign, puis de  Christy Holly du Racing Louisville, du manager general du Gotham FC Alyse LaHue, ainsi que de l’entraîneur du Washington Spirit Richie Burke, montrent que malheureusement ces actes ne sont plus isolés et deviennent presque des banalités.

Sinead Farrelly pour les Thorns via gettyimages

Si ces tristes faits ont été dévoilés au public il y a quelques jours à peine, cela fait des années que des joueuses, mais avant tout des femmes, se battent en coulisse contre de tels prédateurs avec l’impression de ne pas être entendues. Si Sinead Farrelly a été victime de Riley dès 2011, c’est en 2014 lors de son arrivée à Portland qu’il a poursuivi ses manœuvres sur Mana Shim. Les deux joueuses ont subi de forte pression de la part de leur entraîneur allant du harcèlement moral (propos au sujet du poids, de l’orientation sexuelle, ou encore les empêchant de partir avec la sélection nationale) au harcèlement sexuel. Malgré l’emprise que l’entraîneur des Thorns avait sur ses joueuses, c’est en 2015 que Mana Shim a jeté une bouteille à la mer. Avec l’aide de l’internationale américaine Alex Morgan, avec qui elle était coéquipière à l’époque, elle s’est plainte auprès du club en envoyant un e-mail à Meritt Paulson, le propriétaire du club, ainsi que Jeff Plush qui était le directeur de la ligue à ce moment-là. À la suite de quoi le club a décidé de lancer une enquête interne qui a, at-on pu le croire, porté ses fruits puisque Paul Riley a été remercié. Pour les supporters, ce choix était purement sportif au vu des résultats cette saison-là, à mille lieux de penser qu’une autre raison pouvait en être la cause. Riley a d’ailleurs écrit dans son e-mail à The Athletic: «J’étais au courant d’une plainte. J’ai été interrogé et innocenté par le club. Mon contrat n’a pas été renouvelé parce que nos résultats n’ont pas été bons et que j’étais intéressé de partir sur la cote est.»

Et c’est ce qu’il s’est passé. En février 2016 il signe avec le New York Flash (devenu aujourd’hui le North Carolina Courage). Le vice-président du Flash, Aaron Lines a déclaré au sujet de Riley qu’«avant son embauche, le club était au courant d’une enquête interne impliquant Paul alors qu’il était l’entraîneur des Portland Thorns. Aucune activité illégale n’a été trouvée lors de l’enquête, et le Flash a suivi tout le protocole de la ligue dans le processus d’embauche et l’approbation du contrat en collaboration avec le bureau de la ligue.» L’entraîneur anglais a donc poursuivi sa carrière, menant d’ailleurs le North Carolina Courage au sommet.

Cela aurait pu rester ainsi mais le mouvement «Me Too» ainsi que l’introduction de la nouvelle franchise, le Angel City FC, avec un groupe de propriétaires composé en majorité de femmes en provenance de divers secteurs, a changé la manière dont Sinead Farelly appréhendait ce que ” devrait être la ligue.”

Sinead et Mana ont donc discuté avec Alex Morgan de la façon d’éviter que d’autres femmes soient maltraitées et une question clé a émergé de ces discussions: pourquoi n’y avait-il pas de véritable mesure régissant le traitement des joueuses ?

“J’ai demandé un manuel de la joueuse l’année dernière”, a déclaré Morgan. “C’était un document de huit pages, et j’ai demandé spécifiquement à voir les protections qu’il contient pour les joueuses. Il n’y en a absolument aucune. Il n’y a rien qui protège la joueuse. Il y a quelque chose sur les réseaux sociaux, il y a quelque chose sur la protection de la ligue, la protection de chaque club, rien sur la protection des joueuses. J’ai été choquée, mais en même temps, si on ne s’arrache pas et qu’on ne se bat pas pour nous-mêmes, on a vu qu’on n’obtiendrait rien.» Avec Morgan agissant en tant qu’organisatrice, 240 joueuses ont signé une lettre qui a été envoyée à Baird, la commissaire de la NWSL, le 9 mars 2021. Les joueuses ont demandé neuf éléments spécifiques pour garantir des lieux de travail sûrs et inclusifs, y compris plusieurs moyens pour soumettre des plaintes et des assurances que le ligue protégerait n’importe quelle joueuse contre les représailles.

Mana Shim via Timbers.com

En un mois, une mesure anti-harcèlement a été mise place, bien qu’elle n’ait été annoncée publiquement que le 13 avril. Ces règles interdisent le harcèlement, le harcèlement sexuel et les mauvais comportements à connotation sexuelle. À la suite de cette annonce Shim et Farelly ne se sont pas arrêtées là et ont demandé que la ligue enquête de nouveau sur le comportement de l’entraîneur du North Carolina Courage. Pour elles, il était hors de question d’enterrer l’affaire, il fallait penser au bien être des joueuses avant tout. Mais Lisa Baird, la commissaire de la NWSL, leur a répondu que la ligue avait enquêté et qu’elle ne pouvait pas partager de détails supplémentaires. Et donc que l’affaire était close. Ces mails ont été partagé sur les réseaux sociaux par Alex Morgan.

À la suite de ces révélations, Paul Riley, qui nie toutes ces allégations, a été démis de ses fonctions. En raison de ces évènements les matchs du week-end ont été annulés, les joueuses déclarant que le temps n’était pas au football mais a quelque chose de plus fort. Lisa Baird s’est excusée publiquement auprès des joueuses et des supporters: «Cette semaine, et une grande partie de cette saison, a été incroyablement traumatisante pour nos joueuses et notre personnel, et j’assume l’entière responsabilité du rôle que j’ai joué. Je suis tellement désolé pour la douleur que beaucoup ressentent. Conscients de ce traumatisme, nous avons décidé de ne pas aller sur le terrain ce week-end pour laisser à chacun un espace de réflexion. Le statu quo n’est pas notre préoccupation pour le moment. Toute notre ligue a énormément de progrès à faire, et nos joueuses méritent tellement mieux. Nous avons pris cette décision en collaboration avec notre association des joueuses et cette pause sera la première étape alors que nous travaillons collectivement pour transformer la culture de cette ligue, quelque chose qui se fait attendre depuis longtemps. »

La «NWSL Players Association» a demandé à la ligue la divulgation de la façon dont Riley a été réembauché après son départ des Thorns et l’ouverture d’une enquête indépendante.

Dans la foulée Lisa Baird, la directrice de la NWSL ainsi que l’avocate générale de la ligue Lisa Levine ont été évincées de leur fonction. Préoccupée par les récents évènements qui ont touché la ligue américaine, la FIFA va étudier activement l’affaire et a ouvert une enquête préliminaire par l’intermédiaire de ses organes judiciaires.

Cela n’aurait jamais dû être le travail des joueuses et des journalistes. La ligue aurait dû faire le nécessaire dès le départ et ne jamais permettre à un tel entraîneur d’exercer. Cette action collective pourrait même avoir un impact au-delà de la NWSL et servir d’exemple. Est-ce que cela donnera-t-il le courage à d’autres sportives de ne plus avoir peur de parler ? De se libérer et de faire taire ceux qui profitent de leur pouvoir pour asseoir une emprise sur des jeunes filles venues accomplir le rêve de toute une vie ? Le travail de l’ombre qu’a effectué ces joueuses est remarquable et elles mériteraient que la loi du silence dans cette ligue ne devienne qu’un mauvais souvenir.

Elodie Touzet

Amoureuse du foot depuis toute petite, jouant dans la cour de récré avec les garçons, elle a joué en club seulement tard (de 16 à 18 ans et oui petit village oblige). Elle a découvert le haut niveau féminin en 2011 en tombant sur la coupe du monde et depuis elle n'a pas arrêté de suivre l'équipe de France puis celle des US après les JO de 2012. C'est à ce moment là qu'elle s'est intéressée à la D1 féminine et qu'elle est devenue supportrice du MHSC féminine (sa région d'origine). Grande fan d'Alex Morgan, joueuse qu'elle a découverte à ses début en 2011, elle continue depuis de suivre son parcours en équipe nationale. C'est seulement après son arrivée à Lyon en 2017 qu'elle a commencé à s'intéresser au championnat US. Et que son choix s'est portée tout naturellement sur son équipe, les Orlando Pride. Équipe dont elle est devenue totalement fan.

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