Lorenzo Insigne à Toronto FC: un renouveau pour TFC… et pour la MLS ?

C’est fait : après plusieurs semaines de rumeurs, l’international italien Lorenzo Insigne et le Toronto FC ont trouvé un accord le samedi 8 janvier. Le milieu offensif de Naples rejoindra la franchise canadienne en juillet 2022, dès expiration de son contrat avec le club italien. Un accord pharamineux, le plus cher payé dans l’histoire de la ligue et supporté par MLSE (Maple Leaf Sports & Entertainment), puissant groupe possédant TFC, mais également les Maple Leafs, les Raptors ou encore les Argonauts en NHL, NBA et CFL respectivement. Un transfert qui montre les ambitions du club et du nouvel entraîneur, Bob Bradley.

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Chris Armas, entraîneur déchu de 2021 (Photo via Radio-Canada)

La signature de Lorenzo Insigne est la plus importante, financièrement parlant, de la Major League Soccer depuis ses débuts en 1996. Il touchera à Toronto, pendant 4 ans et demi (avec une année supplémentaire en option), 8.5 millions de dollars après impôts (15 millions avant), bien plus haut que le dernier record détenu par Zlatan Ibrahimovic au LA Galaxy, qui était à 7.2 millions/saison. Les rumeurs parlaient initialement d’un salaire autour des 15 millions de dollars par saison, un chiffre véridique mais qui ne l’est qu’avant les impôts : s’il coûtera bien cette somme astronomique à MLSE, il ne touchera « que » 8.5 millions par saison, avec également des bonus liés au marketing.

Ce transfert intervient dans un contexte particulier pour le Toronto FC. Le club de soccer fondé en en 2005 est dans une période trouble et perd en importance au sein même de la ville. Après une période magique entre 2016 et 2019, où ils atteignirent trois fois la MLS Cup et la gagnèrent en 2017, les Reds ont connu une saison 2020 compliquée (deuxième de conférence mais des playoffs et un tournoi MLS is Back moyens) et jouée, COVID oblige, loin de leurs terres. 2021 fut encore pire avec l’arrivée de Chris Armas et le départ de l’entraîneur titré Greg Vanney pour le Los Angeles Galaxy. Armas ne resta qu’onze matchs et laissa un groupe sans repères, qui finira avant-dernier de la conférence est avec 6 victoires en 34 matchs.

Cette saison 2021 fut également celle d’une perte d’importance au sein de Toronto . Alors qu’après la victoire en MLS Cup en 2017, TFC jouissait d’une popularité importante dans la ville, ces derniers sont aujourd’hui loin des Maple Leafs, des Raptors et même des Blue Jays, avec lesquels ils rivalisaient il y a quelques années. Les matchs joués loin du Canada ou avec des jauges et des résultats catastrophiques ont fortement impacté l’affluence au BMO Field.

L’arrivée de Lorenzo Insigne concorde avec celle d’un entraîneur emblématique en MLS, Bob Bradley. L’ex-coach  du LAFC, du Chicago Fire et de la sélection nationale vient en Ontario pour relancer la franchise et dû à sa stature, Insigne ne devrait pas être le seul renfort.

Jermaine Defoe, un bloody failure à Toronto (Photo via Sports Digital)

La vision de Bill Manning, le président depuis 2015, est de faire du Toronto FC un club phare de MLS au même titre que le Galaxy, Atlanta ou Seattle en termes de dépenses. Lorenzo Insigne est son dernier coup pour attirer l’attention de la scène soccer. L’influence italienne est très forte en Ontario et la signature d’Insigne pourrait reproduire les scènes de liesse qui avaient suivies la victoire de l’Euro 2020 par gli Azzurri. Sebastian Giovinco avait déjà, en-dehors des terrains, fait monter la popularité du TFC dans sa région, Insigne devrait en faire de même. C’est un joueur qui, en plus de ses performances sur le terrain, vendra quantité de maillots et attirera les foules au stade même si Mathias Thiel, CM derrière le compte français des fans du SSC Napoli sur Twitter, en doute un peu plus : « Dans le cocon napolitain, il a toujours pu et su s’exprimer, représentant d’une certaine façon la réussite locale, le rêve de tous les tifosi, son charisme vient de là. Mais c’est vrai que de l’extérieur de Naples il n’a pas une grande popularité, avant la victoire à l’Euro il ne faisait pas l’unanimité en Nazionale. Il va marquer quelques beaux buts en MLS je n’en doute pas, mais il n’a pas les épaules pour gérer ou mener une équipe, il n’aura jamais eu les capacités à Naples de le faire en tout cas. Après peut-être qu’en-dehors de la pression napolitaine il pourra mieux s’exprimer, mais honnêtement vu sa mentalité, je n’y mettrai pas ma main à couper ».

Pour Bill Manning, c’est une signature importante à titre personnel. Lorsqu’il arrive en 2015, le formidable trio est déjà signé : Michael Bradley, Jozy Altidore et Sebastian Giovinco apporteront une foultitude de trophées à Toronto en étant trois des joueurs les plus payés de la ligue, notamment avec un triplé en 2017 (MLS Cup – Championnat Canadien – Supporters Shield) et deviendront l’une des meilleures équipes de l’histoire de la ligue. Depuis, les signatures réalisées comme Pablo Piatti, Jefferson Soteldo, la prolongation de Jozy Altidore ou Gregory van der Wiel ont tous été des échecs cuisants. Seule la signature d’Alejandro Pozuelo a payé, mais l’espagnol est bien seul au club. De plus, Toronto FC reste sur un échec en 2018 : la défaite en Concacaf Champions League. L’arrivée d’Insigne, en plus d’être un message pour la MLS, est également un signal pour la Liga MX que des clubs comme Toronto investissent pour rivaliser au plus haut niveau.

L’arrivée d’Insigne – et peut-être d’un autre joueur désigné – rappelle le fameux « Bloody Big Deal » du TFC en 2014, lorsqu’avait été annoncé en grande pompe le trio Gilberto – Michael Bradley – Jermaine Defoe. Une triplette qui avait coûté très cher à Toronto, pour un rendement plus que moyen, surtout pour les premiers et derniers cités. A l’époque déjà, le président de Toronto avait déclaré qu’il avait rendu les comptables de MLSE « fous ». Ce sont ces deals qui font que TFC est plus qu’un club normal en MLS et qui l’amène au même niveau que les dépenses du LA Galaxy.

(Photo via Sports Business Mag)

Quel joueur sera réellement Lorenzo Insigne pour Bob Bradley et le Toronto FC l’an prochain ? L’Italien est au sommet de sa carrière, à un niveau rarement vu en Major League Soccer. À 30 ans, il a marqué la saison dernière 19 buts en 35 matchs de championnats, avec 7 passes décisives et en est à 5 buts, 6 passes décisives en 18 matchs cette saison. C’est également l’un des cadres de la Squadra Azzurra qui a gagné l’Euro 2020 l’été dernier. Son départ a surpris du côté de Naples, comme nous l’indique Mathias Thiel : « Les réactions sont mitigées ! D’un côté, les napolitains sont déçus car c’est le capitaine et un napolitain pure souche donc forcément, c’est une déception de le voir partir. Mais d’un autre côté, vu le salaire qu’il va toucher, on peut le comprendre. Ce n’est pas vraiment une surprise, le club connaît une nouvelle politique salariale (à 3.5/4 millions maximum) donc à partir de là c’était compliqué de le voir prolonger au vu de ses exigences et de ce que Toronto lui a proposé ».

Concernant son niveau, Mathias Thiel est également un peu moins optimiste que les journalistes phares de la MLS : « Je pense qu’il a atteint son maximum avec la victoire à l’Euro, et qu’il commence déjà cette saison à décliner. Il est de plus en plus fragile physiquement donc je dirais, au vu de ses caractéristiques qui ont fait de lui un bon joueur, qu’il est sur le déclin ». Milieu offensif gauche, il pourrait jouer sur l’aile à côté de Pozuelo, où dans un 4-4-2 en losange, dans un rôle devant l’Espagnol et aux côtés, par exemple, d’Ayo Akinola qui a récemment prolongé avec TFC et qui se réjouira d’avoir un tel compagnon d’attaque. L’impact devra être immédiat, malgré une arrivée en cours de saison. 

Il faudra en tous cas régler la situation des joueurs désignés au club. Actuellement, TFC compte trois « DPs » auxquels s’ajoutera Lorenzo Insigne en juillet. Si Pozuelo devrait rester, rien n’est sûr pour les deux autres. Jozy Altidore a connu une année 2021 compliquée, a été d’abord écarté par Chris Armas pour revenir et connaître quelques bons moments, avant de nouvelles blessures. Il est toujours sous contrat et son haut salaire pourrait poser problème à d’autres clubs, mais nombreux sont ceux qui pensent que son contrat sera racheté par Toronto pour le pousser vers la sortie. Du côté du jeune Vénézuélien Yeferson Soteldo, sa première saison n’a vraiment pas convaincu après un transfert à 6.5M$. Selon les dernières rumeurs, il devrait être prêté ou même vendu cet hiver.

Cela ferait donc de la place pour Insigne, mais également pour un troisième joueur désigné ! De nombreuses rumeurs ont émergé ces dernières semaines, mais il serait logique que Toronto cible un défenseur ou un milieu central, afin de solidifier une colonne vertébrale déjà bien bâtie autour de Pozuelo, Insigne et les talents locaux que sont Delgado et Osorio. La défense est le chantier le plus important : outre la place de numéro un dans les buts, des cadres l’an dernier (Laryea-Mavinga-Gonzalez-Zavaleta-Lawrence-Morrow), seuls Kemar Lawrence et Chris Mavinga sont toujours là. Bob Bradley a énormément de travail à faire pour éviter que Lorenzo Insigne arrive dans une équipe qui n’a même pas les playoffs en vue.

C’est bon, c’est signé (via Coast Reporter)

Lorenzo Insigne est une des signatures les plus importantes de l’histoire de la MLS. Certains parlent même de l’entrée de la ligue dans la version « 4.0 » : pour cela, il faudra voir si d’autres clubs dépensiers (LA Galaxy ou DC United par exemple) iront également chercher un joueur de la trempe d’Insigne. Pour le moment, si sa signature n’a pas l’effet qu’a eu celle d’un David Beckham, elle est sportivement un coup peut-être plus intéressant que ce dernier. Elle est en tous cas au-dessus des Carlos Vela ou Sebastian Giovinco, qui n’étaient pas les meilleurs joueurs de leurs championnats respectifs au moment de l’achat. Reste à voir si Lorenzo Insigne arrivera à avoir les mêmes résultats en MLS que ceux de tous ces joueurs de légende et pour cela, on se donne rendez-vous en juillet.

Antoine Latran

Co-créateur de Culture Soccer. Ancien rédacteur Soccer Nord-Américain pour Lucarne Opposée. Fan de MLS depuis une balade dans Seattle un jour de match, j'écris sur Culture Soccer sur la MLS, la NISA, la sélection américaine, ainsi que sur des sujets mêlant le sport à la culture, la politique et l'économie.

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