[Itw Hype] Rémi Walter (Sporting KC): “Peter Vermes, c’est le boss”

Cet entretien est un extrait de celui qui a été réalisé dans le cadre du podcast Hype Sport Media dans lequel nous participons et où chaque semaine, nous décryptons l’actualité du soccer Nord Américain, la version complète est disponible en cliquant ici !

Antoine Latran : Comment as-tu atterri en MLS ?

Rémi Walter : J’avais déjà eu des contacts quand j’étais à Nice, avec certains clubs comme Atlanta, le Los Angeles Galaxy et Seattle, même si je n’avais jamais entendu parler d’un quelconque intérêt du Sporting Kansas City. Mais quand j’ai cassé mon contrat avec Matalyaspor en Turquie, où je ne suis resté que 6 ou 7 mois, j’étais au chômage et on était toujours sous les effets du covid, donc ce n’était pas le bon timing pour être sans club. Mon agent m’a parlé de KC, m’ont dit qu’ils étaient intéressés. Donc on a creusé la piste et en trois jours, à partir du moment où ils ont montré un intérêt, ça s’est fait.

Kevin Nieto : Tu avais cette volonté de continuer à l’étranger ou un retour en France pouvait se faire ?

RW : Dans la situation du covid, je ne voulais pas qu’on m’offre un contrat qui ne me respectait pas. Donc contractuellement j’ai attendu la bonne opportunité, avec un projet sportif et financier cohérent par rapport au joueur que j’ai été et ma carrière. J’ai préféré attendre, ne pas me précipiter, et les contacts en France n’étaient pas intéressants. Donc finalement, le projet des Etats-Unis est venu, il était bien plus intéressant que n’importe quel projet à ce moment-là et j’ai foncé.

KN : Tu signes en MLS, tu commences à jouer, comment étaient les premières sensations, notamment par rapport au niveau de jeu en France et en Turquie ?

RW : J’étais agréablement surpris. On a l’image de la MLS comme d’une destination de fin de carrière, avec un niveau mauvais, mais ceux qui connaissent le championnat savent que le niveau est très bon. Le football dans le monde a évolué et quand je suis arrivé, que ce soit aux entraînements ou en match, j’ai été agréablement surpris. Je pensais que ça allait être plus simple, ayant joué en Ligue 1 ou avec la sélection en jeunes, que j’allais arriver aux Etats-Unis et que ça allait être facile, finalement je me suis vite aperçu que si tu viens sans être à 100%, ça risque d’être très compliqué. Ici c’est une mentalité de travailleurs avec de supers joueurs, de supers équipes, année après année ça progresse.

KN : Il y a une autre manière de travailler par rapport à l’Europe ? Notamment dans le cadre de travail ?

RW : Alors avant de signer à Kansas City, on m’avait dit que les infrastructures étaient les plus belles des Etats-Unis, parce qu’ils sont structurés et ils accueillent souvent l’équipe nationale. Ils avaient raison ! Quand je suis arrivé, j’étais bouche bée, franchement ils ont des infrastructures que même des clubs qui jouent la Champions League chaque année n’ont pas. Surtout elles sont complètes, il y a tout pour bien bosser. Tu n’as aucune excuse au niveau professionnalisme quand tu es ici, que ce soit niveau travail ou récupération. Ils mettent tout en œuvre pour montrer que le championnat et les compétitions se développent.

Lire aussi : le Sporting Kansas City, un modèle à suivre ?

(Photo via Twitter)

AL : Votre début de saison est un peu compliqué, pas aidé par la blessure de votre buteur Alan Pulido, comment tu expliques ce début poussif ?

RW : Pas mal de facteurs rentrent en compte. On ne cherche pas des excuses, on a une équipe semblable à l’année dernière donc ce n’est pas une question de départ sou d’arrivées. On a commencé le championnat avec beaucoup de blessés, ça déstabilise forcément une équipe. Ensuite, certains de ses joueurs sont revenus sans être prêt physiquement totalement, donc sans les résultats c’est une spirale négative qui s’installe. En retrouvant de la confiance, des ailiers et des attaquants qui marquent, on va tous se relever et être mieux sur le terrain.

KN : Comment se passe la relation avec Peter Vermes ?

RW : Il travaille un peu à l’européenne, par rapport à ce que j’ai connu avant c’est assez similaire. Il fait du bon boulot, ce n’est pas pour rien qu’il est installé au club depuis quelques années. Ça arrive d’avoir des saisons moins bonnes, c’est à nous de faire un meilleur taff sur le terrain.

AL : Il est partout non, des transferts aux jeunes, un peu comme un Arsène Wenger à Arsenal ?

RW : Moi j’ai toujours dit qu’ici c’est le boss. Il a la main sur tout mais c’est aussi ce qu’il véhicule, il est respecté par son staff, les joueurs, c’est une légende du club.

KN : Il y a pas mal d’anciens de Ligue 1 ou de Ligue 2 en MLS et à KC avec Nicolas Isimat-Mirin et Logan Ndenbe, est-ce que tu as eu des contacts avec eux avant leur arrivée ?

RW : J’ai rencontré Nico – qu’on appelle Isi – qui est un vrai ami ici, on est parti en présaison en Arizona et il est arrivé à ce moment-là donc je l’ai rencontré là-bas. Logan pareil, il est arrivé après mais je ne l’ai pas eu avant. J’ai eu un joueur qui a failli signer ici, Mathieu Cafaro de Reims, mais on a parlé longuement sans qu’il signe.

KN: De manière générale il y a quelques Français en MLS, tu échanges avec eux ?

RW : Je connais bien Samuel Grandsir, on se connait de notre passage à Troyes. Adrien Hunou a le même agent que moi également, je l’ai rencontré aussi pas mal de fois quand il était à Rennes ! Séga Coulibaly pareil, il a joué à Nancy donc quand on a joué l’un contre l’autre il m’a raconté toute son aventure là-bas.

(Photo via KCHB)

AL : Kansas City a produit quelques jeunes intéressants dans le passé, mais on n’en voit pas énormément sur le terrain en ce moment. C’est un trou générationnel et ça va revenir bientôt selon toi ?

RW : L’an passé, on a eu une période où on a été obligé de jouer des jeunes finalement, parfois on avait même cinq titulaires de blessé ! Mais ce n’est pas forcément le meilleur moment pour les faire jouer, tu les lances un peu au charbon comme ça. Après oui il y a de bons joueurs en MLS, on a un bon centre avec des bons jeunes à KC, il faut juste les laisser s’adapter à l’équipe. Juste que cette période en ce moment, ce n’est pas un bon départ donc il faut éviter de les lancer dans le grand bain maintenant.

KN : Sur le niveau général des jeunes en MLS, on en voit de plus en plus signer en Europe, tu penses que c’est quelque chose qui va se développer ?

RW : Les jeunes qui jouent en MLS actuellement ont le niveau pour jouer en Europe. Certains ont clairement le talent requis, tout dépend de l’opportunité et de l’intérêt de l’Europe pour eux, les Etats-Unis sont moins reconnus, encore aujourd’hui. Mais les présidents de club et les coachs ont compris l’intérêt et ont changé la philosophie par rapport à ça, ils ont calmé les arrivées des grands noms pour tabler chez les jeunes à fort potentiel. Ils ont changé de fusil d’épaule et le championnat reste compétitif.

AL : Chris Mavinga à notre micro trouvait les jeunes un peu trop chouchoutés aux Etats-Unis par rapport à l’Europe. Tu le penses aussi ?

RW : C’est un confort absolu pour eux, mais c’est vrai que ce n’est pas forcément optimal. Les jeunes sont considérés comme des pro confirmés directement, pas comme des jeunes qui doivent faire leurs preuves pour gagner leur place. En Europe, tu sens que tu es le petit jeune quand tu arrives, pas ici. Après, si tu as le mental, le confort des installations ne peut être qu’un plus pour ta formation.

AL : Il y a des joueurs qui t’ont impressionné depuis que tu es en MLS ?

RW : Chez les jeunes j’adorais Gianluca Busio, il m’avait vraiment impressionné. Même en Europe, pourtant j’en ai connu beaucoup, je n’avais pas vu un joueur qui avait autant de talent. Il avait le niveau pour jouer dans un bon club en Europe, il m’a agréablement surpris. Après, je le connais mieux parce que je jouais avec, mais il était très bon. Sinon, chez les plus expérimentés, Hany Mukhtar c’est un super joueur, Emanuel Reynoso à Minnesota aussi c’est une plaie pour l’équipe adverse. C’est toujours ces électrons libres sans restriction qui sont durs à gérer, surtout avec leurs capacités techniques. C’est finalement des joueurs dans mon secteur, ce sont eux qui sont dans ma zone et ça se voit tout de suite quand ils sont à l’aise avec le ballon.

AL : Dans ton équipe, il y a un joueur dont on ne parle pas assez ?

RW : Justement, on n’a pas une équipe avec un joueur qui sort du lot. On a une équipe équilibrée, beaucoup de très bons joueurs et une confiance générale qu’il faut que l’on retrouve. On a des joueurs qui ont joué en équipe nationale, en Premier League, en Bundesliga, en Espagne, en Ligue 1, il y a de tout.

KN : En MLS, on a quelques locomotives, cette saison on vient à peine de commencer mais il y a une équipe que tu trouves vraiment intéressante ?

RW : Après avoir vu quelques fois les deux Los Angeles, surtout le LAFC, ils ont tous les armes pour faire une grosse saison. On les rencontre la semaine prochaine, donc on doit faire attention [résultat final, 3-1 LAFC]. Après, les finalistes de play-offs l’an dernier sont deux équipes qui étaient après le top 5 de leur conférence respective, donc la saison régulière et les play-offs n’ont rien à voir. On méritait mieux l’an dernier que la troisième place, par rapport à ce qu’on avait montré, mais on a bien vu que les play-offs c’est différent. Toutes les équipes de haut de tableau se sont fait sortir assez vite finalement. C’est pour ça que notre situation nous inquiète peu, il faut juste retrouver notre force.

KN : Tu es sous contrat jusqu’en 2023, donc tu as encore pas mal de temps, tu te vois rester longtemps aux Etats-Unis ?

RW : J’avais signé trois ans et une en option, donc il me reste deux ans plus une ! La France ne me manque pas particulièrement, je suis bien ici. Après je peux avoir une saison qui se passe très mal et tu ne sais pas ce qui va se présenter au moment venu, mais je suis bien ici, le club est bon, a de l’ambition.  

Lire aussi : [Guide] MLS 2022

Antoine Latran

Co-créateur de Culture Soccer. Ancien rédacteur Soccer Nord-Américain pour Lucarne Opposée. Fan de MLS depuis une balade dans Seattle un jour de match, j'écris sur Culture Soccer sur la MLS, la NISA, la sélection américaine, ainsi que sur des sujets mêlant le sport à la culture, la politique et l'économie.

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